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14 juillet 2026
L’œuvre de Véronique Doucet : Un « velours » sur la conscience
Du 3 juin au 4 octobre 2026, Véronique Doucet présente son exposition Vert Forêt et Mousse Velours : cartographie sensible du territoire au Centre des arts de Shawinigan. Dans le désir de comprendre ce qui se cache derrière ses œuvres inspirées du territoire, nous avons rencontré l’artiste qui nous dévoile les dessous de son processus créatif.
D’un air sympathique et bienveillant, Véronique Doucet raconte qu’elle a toujours été habitée par une volonté de voir la vie autrement, de chercher un sens à l’existence. Dès ses études primaires et secondaires à Trois-Rivières, elle prend conscience de ce « petit côté contestataire » qui l’habite. Mais ce n’est qu’à vingt-trois ans que sa voie artistique se confirme, lors d’un voyage en solitaire en Amérique centrale entrepris dans une quête d’identité. Elle choisit alors de poursuivre des études en arts à l’Université de Montréal, avant de déménager en Abitibi pour y planter des arbres.
Dans le contexte de la fin des années 1990, marqué par la dénonciation des coupes à blanc et des pratiques irresponsables des compagnies minières, Véronique se fait d’abord connaître pour son militantisme écologique. L’art et l’environnement ont ainsi toujours été de pair dans son univers personnel et créatif.
Boutons de roses et sous-bois, 2024 © Véronique Doucet
À quoi s’attendre
Dès les premiers instants devant l’exposition, on sent toute la spiritualité qui s’en dégage. Une atmosphère enveloppante, des scènes aux symboliques frappantes et des créations rassemblées en cercle procurent un sentiment à la fois intime et sacré.
En observant les œuvres de plus près, on peut apprécier la richesse des détails, qui témoigne de l’intelligence sensorielle remarquable de l’artiste. L’exposition fascine également par la multitude de médiums utilisés : la photographie, la peinture, le dessin, les écofacts et les artéfacts s’entrelacent dans une symbiose parfois complexe, parfois d’une simplicité désarmante.
Il s’agit d’œuvres esthétiques, mais aussi d’œuvres de conscience. Derrière chacune d’elles se cache quelque chose à comprendre, une invitation à porter notre réflexion au-delà de la simple contemplation. Pour tout dire, Vert Forêt et Mousse Velours suscite à la fois l’émerveillement, l’introspection et la stupéfaction.
Déracinement, 2025 © Véronique Doucet
La forêt comme remède
Après d’exigeantes années de militantisme soutenu, Véronique souhaite désormais adopter un nouvel angle. Sans renoncer à ses valeurs, elle évoque la volonté « d’agir sur le beau » en laissant la réaction de côté et en se laissant guider par les apprentissages que lui procure la nature.
C’est à ce moment que la lenteur de son processus artistique prend tout son sens. La méditation, les marches en forêt, les pièces qui demandent plusieurs années avant d’être achevés : voilà une forme de résistance en douceur face à une société qui exige constamment rapidité et productivité.
Pour l’artiste, la géopoétique se manifeste dans sa démarche par son aspect nomade, le mouvement et l’exploration sensible des territoires. Ses œuvres prennent fréquemment naissance à partir de photographies d’événements naturels ayant retenu son attention.
Par exemple, la vue d’une vieille souche lui évoque le déracinement et la manière dont celui-ci peut devenir bénéfique : « Peut-être qu’il faut se déraciner de certaines choses transmises de notre lignée, qui sont des traumas qui ne nous appartiennent pas et qu’on n’a plus envie de porter. Oser le déracinement, pour ensuite s’enraciner dans notre essence profonde. La forêt est saine et peut nous guérir. »
Véronique Doucet en méditation en forêt. © Donald Trépanier
« J’ai changé ma posture de femme qui protège la Terre comme un enfant. Finalement, je me suis dit : Non. Descends ton ego, descends ta prétention. La Terre est au-dessus de toi, c’est toi l’enfant. Tu es son apprentie. »
Pour aller plus loin
Si cette exposition ne fait que piquer davantage votre curiosité, il est possible d’approfondir l’expérience en lisant son livre Racines : cartographie intime des territoires. Dans un souci de mettre des mots sur son expérience, l’artiste explique les moyens par lesquels elle matérialise le ressenti spirituel qu’elle entretient avec la forêt, notamment grâce à la perspective écoféminine qui imprègne l’ensemble de son œuvre.
Vous avez jusqu’au 4 octobre pour découvrir l’univers de cette artiste et son rapport sensible à la Terre, au Centre d’exposition Léo-Ayotte.