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16 juillet 2026
Interzone ou l’art de redonner ses lettres de noblesses à nos ruelles
Pour la neuvième année, le projet d’art actuel Interzone redonne les lettres de noblesses aux ruelles oubliées de Shawinigan. Du 3 juillet au 30 septembre, l’exposition à ciel ouvert permet non seulement de rendre l’art accessible pour tous, mais elle nous permet, année après année, de prendre le temps d’aller à la rencontre de l’autre, d’explorer de nouveau la ruelle, d’y créer une forme de vie habitable et d’offrir à nos yeux comme à nos cœurs la beauté des univers artistiques rassemblés.
La ruelle. Autrefois habitée par les rires des enfants, des parties de hockey, des vêtements qui se donnent à sécher aux premiers rayons du printemps et parfois même des chicanes de voisins qui agrémentait le cours des jours. Une extension à nos vies et à nos familles. Mais surtout, une collection d’histoires qui forment une grande fresque du quotidien. Aujourd’hui, nos existences se déploient entre les quatre murs de nos demeures. Les rires des enfants ne se font plus échos entre les murs de briques. Les ruelles se font silencieuses, inhabitées. Presque un passage obligé entre deux destinations, que l’on franchit sans s’attarder.
© Collectif Instants
Découvrir la ruelle pour une neuvième année
Chaque année, l’exposition Interzone se fait un devoir d’amalgamer les œuvres d’artistes aux profils et aux horizons différents. Comme le mentionne l’artiste et membre de l’équipe artistique du projet, Cyndie Lemay : « Il est important pour l’équipe de mettre en lumière des univers artistiques qui proviennent de lieux de création reconnus, d’autres qui se sont façonnés dans une formation académique et d’autres encore qui de façon autodidacte et curieuse sont des créateurs, des artistes en marges d’un système établi, qui souhaitent partager leur vision par l’entremise de l’art visuel ».
Et la cohorte 2026 représente cette volonté d’inclure et de partager l’art à travers les cultures, les générations, la découverte de soi et de l’autre par un regard différent sur le monde qui nous entoure. Et comme l’a écrit le journaliste Sébastien Houle qui signe le texte officiel de l’édition, « que l’espoir demeure possible dans notre monde décomposé » si l’on sait s’attarder à la beauté de nos ruelles oubliées.
L’artiste Léa Robitaille, qui a revitalisé avec un style unique moult vitrines dans la province. © Collectif Instants
Carte blanche comme toile de fond
C’est donc entre autres par les yeux de Léa Robitaille et Tommy Girard, qui ont en commun la pratique de la sérigraphie et de l’art textile, qu’Interzone enrichira sa collection d’œuvres. Approchés par Josette Villeneuve pour participer à la neuvième édition, les deux artistes étaient forts heureux de cette opportunité de revenir dans la région pour cette occasion.
Ayant tous deux carte blanche, Léa a choisi d’embellir la vitrine de Beauparlant, symbole de son enfance passée dans les rues (et ruelles) du centre-ville de Shawinigan. Mettant à profits son talent et son expertise dans le lettrage commercial, l’artiste a pris le temps de questionner le propriétaire sur ses besoins et a pu effectuer une recherche dans les archives du commerce afin de s’inspirer des vitrines d’autrefois. Sa participation à Interzone trace une boucle entre le Shawinigan de ses souvenirs, sa carrière à Québec, et son talent mis en lumière ici.
Plusieurs étaient présents au dévoilement de la 9e édition d’Interzone à Shawinigan, le 3 juillet dernier. © Collectif Instants
Tommy a plutôt joué avec la contrainte de l’espace pour que ces oeuvres habitent pleinement le mur de la ruelle. Habitué à travailler ses visuels sur du textile, ou il s’assure d’obtenir la palette de couleurs et le niveau de détails souhaité. Or, l’impression en grand format lui a nécessité certains ajustements afin d’arriver au même résultat. Voyant la réalité autour comme un mauvais film de série B, l’artiste a choisi d’illustrer sa vision du monde moderne par de forts symboles iconoclastes. Ayant travaillé pendant plus de dix ans à peaufiner les visuels de sa clientèle, sa participation au projet Interzone était l’occasion parfaite pour mettre de l’avant son talent à créer des visuels aux messages aussi réfléchit que déjantés.
Léa Robitaille à l’oeuvre. © Collectif Instants
Pareils, pas pareils
Quand on prend le temps d’observer le travail des deux artistes, tout semble les différencier. Dans ses oeuvres peintes, Léa crée un assemblage de motifs improvisés qui se répètent presque à l’infini. Or, par son geste organique, elle offre « à d’autres yeux, la joie de parcourir une oeuvre ou un tableau et de voir toujours des choses différentes ». Ce qui n’est pas sans rappeler le travail créatif de Tommy, qui par les multiples couches d’éléments visuels qui se superposent, permettent une lecture qui se redéfinit chaque fois que le regard se pose sur elles. Et pour les deux artistes, il y a quelque chose dans leur démarche respective qui magnifie l’ordinaire et le banal du quotidien par le choix des couleurs, des symboles choisis et de l’attention aux détails.
Et c’est là, toute la beauté de l’art dans notre quotidien : découvrir la beauté là où on ne l’attendait pas. Pour découvrir les autres oeuvres qui habitent le projet, Interzone vous invite à poser un regard différent sur la ruelle d’ici le 30 septembre prochain!
Les oeuvres de Léa Robitaille se donneront à voir en grand lors du Festival Québec en toutes lettres, du 15 au 26 octobre à Québec. L’univers visuel de Tommy Girard se retrouvera dans l’exposition extérieur À quoi rêves-tu le jour venu?, présentée à Shawinigan lors des Journées de la culture.