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17 février 2026
Des sciences à la console de son : le parcours de Rami Renno, sonorisateur et directeur technique
Il est environ 22 h, en France, quand le sonorisateur Rami Renno se connecte à l’appel vidéo. Là-bas, le Shawiniganais d’origine est en tournée avec Klô Pelgag qui présente son album Abracadabra au public européen. Alors que l’artiste et ses musicien·nes s’apprêtent à revenir enflammer les scènes du Québec, au courant des prochains mois, je vous propose de rencontrer l’un des artisans importants de ce spectacle vibrant et audacieux.
De la scène à la console
Avant de devenir sonorisateur, Rami Renno était musicien. Vous l’avez peut-être déjà vu sur scène avec East Road ou le groupe Empreinte Galactique. C’est avec ce dernier projet qu’il a commencé à s’intéresser à l’aspect plus technique de la création musicale. Alors que le groupe s’apprêtait à enregistrer leur premier album (La Prophétie, en 2006), le réalisateur Éric Blanchard leur a proposé un deal : il allait travailler avec eux, mais les musiciens devraient assurer eux-mêmes l’aspect technique de l’enregistrement. Avec l’aide d’un ami du réalisateur, Rami Renno et les membres d’Empreinte galactique ont appris les rouages de l’enregistrement studio pour mener à terme leur projet. C’est là qu’il a eu la piqure.
Klô Pelgag en spectacle © Villedepluie
Tranquillement, les offres de contrats se sont multipliées : il a travaillé pour le studio Pantouf, puis pour des artistes comme Philippe Brach, Tire le Coyote, Fred Pellerin, Nicolas Pellerin et les Grands Hurleurs, Simon Leoza, Gustafson, Aliocha Schneider et évidemment, Klô Pelgag. Avec le temps, celui qui a déjà été programmateur pour le festival Widewood (maintenant l’Ultime Édition) a fini par délaisser complètement la scène pour s’y retrouver devant : à la régie. Rami Renno avoue que ce rôle plus technique colle mieux avec sa personnalité : « J’ai cette affaire-là en moi où j’aime ça aider les gens et ce rôle-là, c’est de mettre en lumière les autres. »
Envelopper la musique
Fait intéressant : Rami Renno a d’abord étudié en génie physique. Une des choses qu’il apprécie particulièrement de son métier, c’est la possibilité d’allier « créativité » et « raisonnement scientifique ». Être sonorisateur, ce n’est pas seulement une histoire de micros, de haut-parleurs et de filage : c’est aussi de contribuer à la qualité du spectacle en choisissant les bons effets et leurs paramètres, créant ainsi une « enveloppe pour la musique ».
Il faut aussi savoir s’adapter en fonction de la salle, de la réception du public et surtout, des artistes avec qui on collabore. Lorsqu’il est en tournée avec Klô Pelgag – avec qui il travaille depuis 2017 – le défi se situe au niveau des arrangements et de la voix. Les compositions de l’artiste sont complexes et les instruments occupent différents rôles selon les chansons. À travers toutes ces couches, il faut bien intégrer la voix de l’artiste : « Klô c’est pas quelqu’un qui va toujours chanter de la même façon et avec toujours avec la même intonation. Donc, c’est aussi un jeu, ça. Selon ce qu’elle me donne, moi je réagis sur le moment. Ça fait que je suis sur le qui-vive tout le temps. »
Rami Renno avec son Félix © Gracieuseté
Rami Renno a même été récompensé pour la qualité de son travail. Au côté de Pierre Girard, il a remporté le Félix de la « Sonorisation de l’année » au Gala de L’ADISQ, en 2021. C’était pour VIVRE : le spectacle spectral, un spectacle numérique créé par Klô Pelgag et son équipe durant la pandémie. Rami Renno était touché de recevoir cet honneur : « C’est super flatteur. C’est comme si l’industrie me donnait une tape dans le dos et me disait que ce que je fais c’est pertinent. » En 2025, il a été nommé à nouveau dans cette catégorie, mais cette fois-ci pour son travail sur le spectacle Abracadabra.
De musique et d'amitié
Avant notre entrevue, Rami Renno et ses collègues profitaient d’une soirée tranquille à l’hôtel, après une longue journée sur la route. C’est aussi ça la vie de sonorisateur et de directeur technique en tournée : « on passe beaucoup plus de temps dans le camion, que sur la scène. » La connexion entre les membres de l’équipe est alors très importante, autant dans le travail que dans les moments de pause. D’ailleurs, le sonorisateur compte un ami de longue date parmi ses collègues : le guitariste François Zaïdan, aussi originaire de Shawinigan. « Nos parents sont amis. Dans la culture de mes parents et de ses parents, la famille c’est full important pis c’était comme ‘’mon cousin’’ », précise-t-il.
Rami Renno aime la tournée pour son côté social et humain. Entre les montages, les soirs de spectacles et les longues journées sur la route, il y a beaucoup de rires et d’inside jokes qui perdurent. Il y a aussi ces fins de soirées où l’équipe se rassemble pour écouter des séries télé ou des films, qu’ils soient des chefs d’œuvres ou des navets. À écouter le sonorisateur, on comprend que la fameuse « magie du spectacle » n’est pas réservée qu’à la scène : elle est aussi bien présente dans le quotidien de ces ami·es et collègues qui ont la chance de travailler ensemble, le temps de quelques jours ou quelques semaines.
Êtes-vous intrigué·es par le nouveau spectacle de Klô Pelgag ? Ça tombe bien : l’artiste sera de passage le 20 février, à la Maison de la culture Francis-Brisson. Si vous n’êtes pas disponible ce soir-là, vous trouverez la liste des dates de la tournée Abracadabra juste ici. Dans tous les cas, vous irez dire bonjour à Rami Renno !