8 janvier 2026

Réfléchir à la nature qui nous entoure : les expositions hivernales du Centre d’exposition Léo-Ayotte

Par Judith Mc Murray

Contenu créé en partenariat avec Culture Shawinigan

Réfléchir à notre rapport à la nature et aux questions environnementales. Voilà ce que le public est invité à faire lors de sa visite des nouvelles installations du Centre d’exposition Léo-Ayotte de Shawinigan. Ce sont les expositions Terres de cendres d’Isabelle Hayeur et Le poids des gestes, le poids du nombre des artistes Carole Baillargeon, Jacinthe Baribeau et Chantal Harvey qui y sont présentées jusqu’au 15 février 2026.

Apprivoiser le feu

La photographe Isabelle Hayeur s’intéresse aux enjeux environnementaux depuis les années 90 : « Je m’intéresse à toutes les questions d’urbanisme et à la pollution. J’observe beaucoup comment le territoire se transforme, comment les paysages sont altérés. Puis, la question des feux de forêt est arrivée un peu comme ça, par les paysages altérés ». C’est à la suite de feux de forêt au Lac-Saint-Jean que l’artiste s’est rendue sur place afin de capter l’état des territoires. « Je voulais photographier tout de suite après le feu parce que c’est un moment très particulier. Il y a les cendres au sol et le paysage est isolé », explique-t-elle. Les images captées par la photographe sont souvent des panoramas, soit 5 à 6 prises de vue assemblées, permettant une immersion au cœur des feux de forêt.

« C’était vraiment très particulier comme expérience d’être dans la fumée et d’avoir de la difficulté à respirer […] C’est un sentiment d’oppression. On a l’impression d’être dans une zone de guerre. C’est une sorte d’enfer et en même temps, il y a une certaine beauté aussi dans ces feux-là. C’est très spectaculaire », raconte Isabelle Hayeur. Pour l’artiste,

le feu est un élément positif lorsque celui-ci est maîtrisé : « Les Premières Nations faisaient des brûlis dirigés. Puis, lorsqu’on fait ça et qu’on sait bien vivre avec la forêt et avec le feu, ça se passe bien ». La photographe ne perçoit pas le feu comme un ennemi, mais plutôt comme un élément qui permet la régénération, ainsi qu’une partie prenante du cycle de la nature : « Ce qui fait que les feux sont dévastateurs, c’est lorsqu’on entretient mal la forêt ».

© Isabelle Hayeur

Remettre en question l’alarmisme

L’artiste s’interroge sur les questions d’alarmisme entourant les enjeux climatiques qui sont, selon elle, parfois issus d’une mauvaise lecture des signaux envoyés par la nature : « On pratique beaucoup aujourd’hui ce que j’appellerais de l’écologie punitive, dans le sens que c’est toujours la faute des êtres humains. Comme si nous, on ne faisait pas partie des écosystèmes terrestres. Et je me demande où ça nous mène ». Isabelle Hayeur craint que la question environnementale soit instrumentalisée pour favoriser des politiques de faux développement vert. C’est pourquoi elle invite à se questionner sur les divers discours alarmistes qui pourraient utiliser la peur pour mieux contrôler : « Il faut apprivoiser nos propres peurs. Voir le paysage et la nature comme étant quelque chose qu’il faut respecter, qu’il faut comprendre et qu’il faut apprendre à vivre avec ».

© Isabelle Hayeur

La répétition impactante et enivrante

Dans leur nouvelle exposition collective, les artistes Carole Baillargeon, Jacinthe Baribeau et Chantal Harvey mobilisent la répétition. Elles identifient leurs gestes répétitifs et leurs œuvres accumulées comme ayant un écho avec les enjeux climatiques et sociaux. « On considère que chaque geste est important. Plus on est nombreux à faire des gestes qui importent, plus ça a un impact », relève Carole Baillargeon. Pour le trio, attribuer la pollution aux grandes entreprises et considérer les gestes individuels comme inutiles, c’est finalement abdiquer face à la situation climatique.

« Certains vont dire qu’un travail répétitif c’est ennuyant, mais nous, on trouve ça super! Parce qu’on apprend toujours […] C’est aussi développer sa créativité et la pousser plus loin », souligne Carole Baillargeon. Jacinthe Baribeau ajoute que « la répétition a aussi

quelque chose d’intéressant puisque ce sont de petites victoires, parfois sur la vitesse d’exécution, parfois sur le bon angle d’attaque pour arriver à donner le maximum ». Les artistes soulignent également que dans leur exposition, la répétition laisse place à un ensemble visuellement fort et révèle de nombreux détails auxquels le public pourra s’attarder.

« Par nos installations, de faire aimer la nature, ce serait déjà beaucoup. Quand on aime quelque chose, on veut le protéger » – Carole Baillargeon, artiste visuelle.

Œuvre de Chantal Harvey  © Chantal Baillargeon

À chacune sa matière

Chantal Harvey travaille les lichens et la gravure sur bois, un médium pour lequel elle a eu un coup de cœur lors de ses études universitaires : « Je fais de la gravure en multiple. Ça me permet de composer des images à plus grande échelle. Puis, j’ai commencé à faire des murales ». L’artiste de la Côte-Nord explique que la gravure sur bois se travaille par superposition, tout comme les lichens : « Quand on regarde des lichens sur une roche, on se rend compte qu’il y a plusieurs sortes de lichens et qu’ils se superposent. C’est de là qu’est venue l’idée du travail que je vais présenter pour l’exposition ».

Jacinthe Baribeau explique son intérêt pour la répétition par son ancien métier de potière : « Quand on fabrique des objets utilitaires, il n’y a rien de plus satisfaisant que de regarder des tablettes remplies de tasses ou autres. Le multiple fait toujours partie de mon ADN ». Pour l’exposition, l’artiste a réalisé plus de 4200 papillons de porcelaine sur lesquels elle a effectué un transfert d’image. Cette œuvre d’envergure lui a pris 6 mois de travail : « Mon projet est une métaphore sur la migration qui est causée par les changements climatiques, par les guerres… Ce qui a un impact direct sur les déplacements des populations, des animaux et de certains insectes ».

Carole Baillargeon travaille les matières textiles et s’intéresse au surcyclage, une pratique qui consiste à récupérer des matériaux inutilisés pour les transformer en quelque chose de qualité : « J’ai fait appel à mon réseau, comme je fais souvent, pour toutes sortes de dons. Dans ce cas-ci, j’ai demandé des objets en laine ». Pour cette installation, l’artiste a travaillé avec du feutre humide et du feutre sec, en impliquant une technique ardue de perçage de la surface. Son utilisation du tissu prend la forme de deux bannières qui totalisent 400 roches. « C’est aberrant de percevoir des roches comme des déchets. C’est tellement beau! C’est une ressource importante », souligne-t-elle.

© Chantal Baillargeon

Pour l’amour de notre planète

Les expositions « Terres de cendres » et « Le poids des gestes, le poids du nombre » invitent à repenser notre rapport à la nature. « Je veux montrer dans mon travail la force de la nature, mais aussi d’y faire attention », témoigne Chantal Harvey. Les projets artistiques présentés au Centre d’exposition Léo-Ayotte offrent, chacun à leur manière, un regard empathique sur notre environnement afin de peut-être nous faire mieux aimer cette nature qui nous entoure.

Pour en savoir plus sur les expositions, rendez-vous ici!

Vous avez aimé?

Partager :

Vous aimeriez aussi