- Accueil
- Magazine
- Arts de la scène
- « Un doigt dans l’œil de l’ouragan » : l’instinct musical de Catherine Leduc
16 avril 2026
« Un doigt dans l’œil de l’ouragan » : l’instinct musical de Catherine Leduc
Entre la Mauricie et la métropole, l’autrice-compositrice-interprète Catherine Leduc épingle ses doutes pour les transformer en chansons d’une inlassable beauté. Aux côtés de son partenaire de vie et de création, Mathieu Beaumont, elle a d’abord touché le Québec grâce au phénomène Tricot Machine. De 2007 à 2010, le duo a produit trois albums devenus des classiques.
Dans un café Morgane de Trois-Rivières, je demande à Catherine de me raconter comment elle est passée à son projet solo.
« Je me sentais un peu prise dans une boîte. J’avais le goût d’éclater ça. […] Après la dernière tournée de spectacles en 2012, genre six mois plus tard, j’avais déjà la moitié de mon disque de fait. Ouais. J’ai fait un show à une place qui n’existe plus, le Bistro In Vivo, à Montréal. Tu rappelles de ça? Il y avait Josiane Paradis au drum, Émilie Proulx à la basse, puis Mathieu. »
Catherine Leduc © Camille Gladu-Drouin
« Ouvre ton cœur! »
Rookie sort donc en 2014. L’album est marqué par un retour en région. Mathieu faisant des contrats en tant que biologiste, Catherine se retrouve seule face à elle-même avec son nouvel élan… et un syndrome de l’imposteur qui deviendra le thème central de l’album.
« Avec Tricot Machine, je m’appuyais beaucoup sur Mathieu et son frère [le parolier Daniel Beaumont]. J’avais des idées très affirmées, mais c’était pas moi la force qui faisait avancer ce projet-là. […] Moi, j’ai besoin de plus de temps pour voir les choses. Je rêve plus. C’était la première fois que je faisais quelque chose par moi-même, pour moi-même, complètement. Écrire dix chansons toute seule, tu sais, j’avais jamais fait ça. »
« La fin ou le début »
Suivant l’accueil positif de ce premier album solo, Un bras de distance avec le soleil suit en 2017. Catherine y fait une introspection plus profonde où elle traite de peurs, d’échecs et de résilience.
La signature sonore planante continue de s’affirmer. Sa voix désarmante flotte au-dessus d’une douce sophistication musicale tout analogique marquée par des éléments devenus distinctifs : une basse chantante, un piano « un peu croche », des interventions papillonnantes aux synthés, des jeux de réverbération et de textures, des effets tournoyants. Tout ce qu’il faut pour faire bourgeonner quelque chose de magique.
Catherine Leduc en perfo à la biblio* Mauricie-Loranger à Trois-Rivières… © Étienne Boisvert
« Moi, j’ai besoin de plus de temps pour voir les choses. Je rêve plus. C’était la première fois que je faisais quelque chose par moi-même, pour moi-même, complètement. »
© Camille Gladu-Drouin
« Ce qui me brise m’ouvre »
Une pandémie plus tard, le superbe troisième album apparaît maintenant en 2025 : Les jours où il neige à tous les postes
Si Catherine apprécie la chance qu’elle a eu dans sa carrière, la reconnaissance de ses pairs autant que sa relation privilégiée avec les médias et le public, c’est une autre histoire avec l’industrie de la musique. Elle profite donc de ce troisième album pour s’en affranchir. Dans un milieu « où le modèle féminin est encore à inventer », elle se façonne une façon de faire indépendante à son rythme, à sa manière, afin de durer en tant qu’artiste.
Catherine Leduc en spectacle © Marc-Étienne Mongrain
Issue des arts plastiques, Catherine développe son univers visuel en collaboration avec l’artiste Caroline Robert à qui elle envoie des photos d’elle-même pour ses pochettes. Sans filtres ou traitements numériques, le reflet de Catherine y apparaît tantôt à travers la poussière, les ombres, l’eau ou la courbure d’un miroir.
« C’est un peu bizarre, mais c’est arrivé de même. La première image, c’est au chalet dans un miroir sale vraiment poussiéreux, une photo de moi avec un rayon de soleil. Sur un bras de distance, c’est juste un petit miroir rond dans une chambre d’hôtel au Rhode Island qui fait comme une navette spatiale. Pour le dernier album, je trouvais pas… On est allés prendre une marche, Mathieu et moi, puis sur le chemin du chalet, il y avait un miroir pour voir les angles morts, en fisheye, plein d’eau de pluie. C’était ça. »
Catherine sera sur scène entourée de cinq musiciens pour recréer l’atmosphère du dernier album au FestiVoix le 5 juillet. Elle sera également au Festival Santa Teresa le 10 mai, au Festival de la chanson de Tadoussac le 14 juin et au Festival en chanson de Petite-Vallée le 2 juillet. En complément, je vous invite à lire l’entrevue que Catherine a accordée au vénérable magazine new-yorkais The Big Takeover.
Catherine Leduc aime les biblios
Au coeur de la présente campagne plusquedelivres.ca, Catherine Leduc a offert une performance exclusive en pleine bibliothèque Maurice-Loranger à Trois-Rivières. Visionnez ce spectacle époustouflant pour plonger dans l’univers unique de l’artiste :