7 juillet 2026

Pear Pressure : Glamour, liberté et burlesque à Trois-Rivières

Par Cristina Moscini

Un bas résille qui se déroule, un gant qui s’enlève, un corset qui s’ouvre… L’art du burlesque émoustille les imaginaires depuis plusieurs années, mais ce n’est que depuis moins d’un an que l’initiative menée par Pear Pressure propose des spectacles qui font salle comble en Mauricie. Découvrez Burlesque Trois-Rivières.

Découverte et débuts sur scène

Originaire de la région de Montréal, l’artiste maintenant trifluvienne qui performe sous le nom de Pear Pressure a découvert le burlesque il y a trois ans, lorsqu’une amie l’a invitée à suivre un cours chez Arabesque Burlesque, des ateliers qui depuis plusieurs années ont formés des artistes de renom, dirigés par l’illustre Lady Josephine. Le programme combinait travail sur la confiance en soi, exploration des émotions et effeuillage burlesque.

Cet aspect introspectif, proche du journaling émotionnel, l’a immédiatement séduite. Elle qui ne pensait pas monter sur scène au départ a finalement poursuivi sa formation et commencé à performer.

Pear Pressure, à l’animation au spectacle de Burlesque Trois-Rivières. © Pêche

Organisation jeune, public présent

Tout s’enchaîne rapidement, Burlesque Trois-Rivières existe depuis un an et son premier spectacle a eu lieu en juillet 2025. L’organisation est pilotée par Pear Pressure et son associée Pêche, également performeuse, qui constatent l’engouement palpable dans la région. Leur dernier spectacle, Jardin secret, au Repère des Mauvaises Langues en juin dernier s’est vendu en moins de deux semaines.

« Le but, affirme-t-elle, c’est que y ait plus d’artistes de la Mauricie qui puissent performer ici, mais là pour l’instant, bien j’invite des artistes. On est deux [avec Pêche] à faire l’administration, l’organisation des spectacles, et le but c’est vraiment qu’on puisse faire performer des gens d’ici. »

À court terme, leur mission consiste à organiser ces spectacles et à faire connaître davantage le burlesque dans la région. À plus long terme, elles souhaitent développer une véritable scène locale en formant de nouveaux artistes de la Mauricie, avec des cours.

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L’artiste Miz K au spectacle de Burlesque Trois-Rivières. © Pêche  

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L’artiste Calamity au spectacle de Burlesque Trois-Rivières. © Pêche

Diversité à l'avant-plan

Une chose est claire pour Pear Pressure, la scène est un espace pour y faire vivre des émotions, et cette scène appartient à tous les corps, tous les âges et toutes les cultures.

Cette représentation de la diversité constitue l’une des valeurs centrales de leurs spectacles, ainsi que dans leurs offre d’ateliers futurs. Forte de son expérience comme intervenante en insertion socioprofessionnelle, la sensible artiste veut proposer une approche axée sur la confiance en soi, le développement personnel et l’expression artistique ouverte à toutes identités.

L’artiste Salty Margarita au spectacle de Burlesque Trois-Rivières. © Pêche

Pourquoi le burlesque était-il absent de la Mauricie?

Étant moi-même, votre humble rédactrice aujourd’hui, une ancienne directrice de troupe et performeuse burlesque indépendante dans les années 2010 dans la Vieille Capitale, j’étais curieuse à savoir comment Pear s’explique l’absence du burlesque en Mauricie jusqu’ici?

Selon elle, la Mauricie possède une scène musicale dynamique, mais les arts de la scène moins connus y ont longtemps été sous-représentés, en mentionnant tout de même le Tapis Rouge, précise Pear, qui a présenté plusieurs cabarets avec des artistes invités. Comme pour la drag auparavant, les rares spectacles de burlesque faisaient majoritairement appel à des artistes de Montréal ou de Québec. Résultat : il n’y avait pas de relève locale. Même son de cloche a été relevé par Trashy la Drag que nous avons rencontré pour notre dossier sur la drag en Mauricie. Si ces disciplines plus marginales encore associées au nightlife ont des succès forts en grande ville au point de développer des spectacles thématiques mensuels ou hebdomadaires, notre région a tardé à développer ses figures locales.

Pear Pressure souhaite changer cette réalité.

« Ça va donner la piqûre à du monde. Puis c’est ça dans le fond, finalement, Burlesque Trois-Rivières : je veux que ça soit une troupe de la Mauricie. »

Les artistes et organisatrice de Burlesque Trois-Rivières, Pear Pressure et Pêche. © Justine B. Couture

Érotique, comique, dramatique, ou politique

Pour Pear Pressure, le burlesque ne se résume pas à l’effeuillage. Il s’agit d’un art capable de susciter une vaste gamme d’émotions, soit de faire rire, de surprendre, d’émouvoir, de choquer, de transmettre un message politique, ou de raconter une histoire par la musique, les costumes et la mise en scène. Elle y voit aussi un côté thérapeutique dans la performance, d’y jouer différents archétypes de la féminité.

Chaque numéro constitue une œuvre artistique à part entière pouvant prendre des formes vastement différentes.

Une autre raison de la possible marginalisation persistante de cet art, serait son association au stripping, qu’il ne faut pas renier, affirme Pear. « Le côté séduction, féminité, nudité, que ce soit adressé à un public adulte joue encore beaucoup sur les perceptions sociales », poursuit-elle. Pourtant, Pear porte espoir de déboulonner les tabous avec cette proposition axée sur l’expression d’un soi authentique.

« Ce que je veux, c’est passer le message que tous les corps sont beaux. Peu importe l’âge, la forme de ton corps, la culture, la couleur de ta peau. Que peu importe qui t’es dans le fond, bien t’es beau! »

L’impact du burlesque

Le burlesque a profondément transformé le rapport de l’effeuilleuse burlesque et productrice à elle-même. Pendant la pandémie, après des changements corporels liés notamment à la prise d’antidépresseurs, cette discipline l’a aidée à se réapproprier son corps et à développer une meilleure estime. Une réalité qui touche des femmes et des personnes, qui, en cette ère de l’image, se retrouvent confronté·es à des diktats aussi contradictoires que cruellement homogènes.

Là où des cabarets comme le Crazy Horse se targueraient de recruter ses danseuses ayant l’espace calculé au millimètre près d’espace entre chaque mamelon, puis divisé par le ratio transversal au périmètre du nombril, Burlesque Trois-Rivières intervient comme un vent de fraîcheur, libérateur et axé sur la pluralités des corps. Dans toute leur splendeur.

Formée en arts visuels au cégep, Pear y a également retrouvé une connexion avec sa fibre artistique, qu’elle avait mise de côté depuis plusieurs années. Elle décrit le burlesque comme un moyen de retomber en amour avec elle-même et de se reconnecter à sa créativité. Cet amour-là, il continue de se décupler de la scène à la salle…

En attendant leurs dates à dévoiler pour l’automne, suivez les activités de Burlesque Trois-Rivières ici.

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