18 avril 2024

Musique autochtone : entre richesse et pluralité

Par Judith Mc Murray

Le Québec regorge de musiques autochtones riches et diversifiées. Cette pluralité reflète la diversité des cultures autochtones présentes sur notre territoire. La province regroupe en effet onze Nations autochtones dans plus de quarante communautés, dont trois en Mauricie.

S’il reste encore beaucoup de chemin à faire en matière de représentation et de reconnaissance de l’apport inestimable des artistes autochtones au paysage musical d’ici, tentons de voir un peu comment celles-ci ont évolué au fil des dernières décennies à travers un bref survol de ces succès que l’on gagne à connaître et à célébrer.

Avec ses chansons au croisement du folk, du rock et de la country, Kashtin a fortement marqué l’histoire musicale du Québec. Le premier album du groupe, vendu à plus de 200  000 exemplaires à travers le monde, a d’ailleurs remporté nombre de prix. © Kashtin

Le succès planétaire de Kashtin

L’une des premières représentations autochtones d’importance dans le paysage musical québécois fut le groupe Kashtin. Né au milieu des années 1980, Kashtin était composé de Florent Vollant et Claude McKenzie, tous deux originaires de la communauté innue de Maliotenam. Avec leur premier album homonyme, les deux auteurs-compositeurs-interprètes ont d’ailleurs remporté les Félix « Album folk-country de l’année », « Premier album » et « Album le plus vendu » au gala de l’ADISQ de 1990. Après trois albums, des dizaines de mentions et de prix, ainsi qu’un nombre incalculable de spectacles donnés au Canada comme à l’international, impossible de nier l’apport inestimable du groupe à la scène musicale québécoise.

Une reconnaissante grandissante

Du côté de l’accompagnement et de la reconnaissance des artistes autochtones, on note la naissance en 2006 de Nikamowin (Musique Nomade), un organisme ayant pour mission de soutenir les artistes musicaux dans le développement de leur carrière. En plus d’encourager les rencontres interculturelles, Nikamowin agit comme l’allié des artistes sur les plans de la création, de la production, de la diffusion et de la promotion de leur musique.

Si l’on remarque depuis quelques années une certaine expansion de la visibilité de la musique autochtone au Québec, c’est également grâce à la création des nombreux événements et festivals qui la font rayonner. Ces rassemblements offrent ainsi une plateforme aux artistes autochtones pour partager leur art avec un large public. On pense notamment au Festival Innu Nikamu, qui célèbre cette année ses 40 ans, et au festival Kwe!, le festival de musique autochtone de la ville de Québec fondé en 2017 et dont la première mouture a accueilli plus de 30 000 personnes.

En ce qui concerne les distinctions dans le milieu de l’industrie musicale québécoise, l’année 2016 aura été marquée par l’arrivée du premier gala de musique autochtone Teweikan. Se voulant un événement nomade et biennal, Tewikan met à l’avant-plan les qualités de la musique autochtone au Québec. « [Le gala] fait la promotion de la langue, ça la préserve, parce que beaucoup chantent dans leur langue traditionnelle », relève Florent Bégin, directeur de la Société de communication attikamek-montagnais.

Par ailleurs, le gala de l’ADISQ crée, en 2019, la catégorie « Artiste autochtone de l’année », puis, en 2022, la catégorie « Album de l’année – Langues autochtones ». Depuis, une vingtaine dartistes autochtones différent·es ont vu leur travail salué par une nomination dans l’une ou l’autre de ces catégories.

laura niquay credit juste du feu

Première récipiendaire du Félix « Album de l’année – Langues autochtones » pour Waska Matisiwin, Laura Niquay ne cesse de gagner en popularité. © Juste du feu

kanen credit shuen

Nommée Révélation Radio-Canada 2022-2023, sélectionnée dans les catégories « Artiste Folk » et « Artiste de la relève » au Gala Teweikan 2022, ainsi que gagnante du Félix « Artiste autochtone de l’année » au gala de l’ADISQ 2023, Kanen fait dans le punk-rock alternatif et l’indie folk. © Shuen

Prendre sa place

Depuis les années 2000, plusieurs artistes autochtones ont déployé leur talent à l’avant-scène. On pense notamment ici à Samian, Elisapie, Matiu, Scott-Pien Picard, Kanen, Anachnid, Shauit, ou encore, à Ivan Boivin-Flamand. En Mauricie, on note également l’autrice-compositrice-interprète atikamekw Laura Niquay qui se distingue par sa popularité grandissante. Bien que la musicienne ait fait ses débuts dans le milieu en 2005 avec l’album Awacic aux côtés de l’artiste Arthur Petiquay, c’est en 2021 qu’elle se fait particulièrement remarquer lorsque son album Waska Matisiwin est sélectionné sur la liste du Prix de musique Polaris, puis lorsqu’elle gagne, en 2022, deux Félix lors du gala de l’ADISQ dans les catégories « Artiste autochtone de l’année » et « Album de l’année – Langues autochtones » au gala de l’ADISQ.

Cette reconnaissance croissante de l’art autochtone est également perceptible dans d’autres médiums artistiques. On a qu’à penser aux Prix Voix autochtones créés en 2017 pour récompenser les écrivain·es autochtones du Canada, à l’initiative Wapikoni Mobile, née aux débuts des années 2000, qui offre la possibilité aux jeunes des Premières Nations d’explorer la création cinématographique et musicale, ou même au Festival International Présence Autochtone, qui met en lumière le cinéma des Premières Nations. Par conséquent, de plus en plus d’artistes multidisciplinaires autochtones ont des carrières d’envergure comme Joséphine Bacon, Jacques Newashish, Soleil Launière, Natasha Kanapé Fontaine, Catherine Boivin et plusieurs autres.

Envie de continuer votre exploration de la musique autochtone? On vous invite à assister au spectacle de Kanen le 26 avril prochain à la salle Anaïs-Allard-Rousseau.

Vous aimeriez entendre plus de musique autochtone à la radio? On vous invite à signer la pétition lancée par Nelly Jourdain pour l’instauration d’un quota de 5% de contenu musical autochtone sur les ondes des radios publiques et privées au pays.

  • Texte rédigé en collaboration avec Elizabeth Leblanc-Michaud

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