23 avril 2026

Le conte en résidence : une tradition caxtonienne renouvelée

Par Élise Rivard

Il y a longtemps qu’on ne dit plus « il était une fois » à Saint-Élie-de-Caxton, car le programme de résidence en création du conte existe depuis 2014. Cette année, on dira plutôt « il était onze fois ».

Une alliance entre le Regroupement du conte au Québec et Fred Pellerin a permis d’offrir un lieu inspirant pour les magicien·nes de l’art de la parole. Cette année, c’est une créature presque magique, Fano Maddix, qui vit l’expérience caxtonienne pour travailler sur son troisième spectacle solo.

Les fruits ne tombent jamais loin de l’arbre.

En discutant avec Fred Pellerin, on sent encore son enthousiasme de voir chaque année un nombre impressionnant de dossiers d’artistes québécois, prêts à devenir des citoyens temporaires de Saint-Élie-de-Caxton. Durant un mois, toujours en avril, un conteur ou une conteuse se retrouve face à sa création. C’est un processus engageant selon Fred Pellerin. « Tu deviens un voisin et tu rencontres des gens, mais surtout tu es plongé et mis face à toi-même ».

L’illustre conteur caxtonien, Fred Pellerin © Marie-Reine Mattera

C’est une propriété qu’il possédait déjà et qu’il a eu l’idée de proposer au RCQ pour la louer dans un cadre de résidence de création. « Pas besoin qu’on me paie un prix de loyer, mais je veux que quelque chose soit laissé à la communauté. » Outre la livraison de sirop d’érable, Fred Pellerin laisse ensuite le Regroupement du conte au Québec gérer le reste, comme faire le choix du·de la prochain·e artiste. Tout ce qu’il demande, c’est que l’artiste choisi·e laisse au village le fruit de son travail par une soirée de conte.

Fred Pellerin nous confie : « À chaque année, quand le conteur quitte, il laisse une lettre pour le prochain. Il y a un relais. » Mais au-delà du fil qui tricote ces conteurs et conteuses entre eux et elles, ce sont les liens créés avec la communauté qui fait que plusieurs artistes reviennent des années après leur passage en résidence. « Ces gens-là sont de passage, mais ils laissent une trace brillante. Ce sont des étoiles filantes » ajoute avec fierté Fred Pellerin.

« Ces gens-là sont de passage, mais ils laissent une trace brillante. Ce sont des étoiles filantes » – Fred Pellerin.

Conteuse originaire de Moncton en résidence au Caxton, Fano Maddix © Nerem

Fano Maddix, entre folklore et science-fiction

Conteuse acadien·ne qui habite un minuscule village de 76 personnes en Gaspésie, iel venait y trouver entre autres une expérience « urbaine ». Eh oui, qui l’aurait cru ! Iel connaissait surtout le village à travers Fred Pellerin, mais explique que : « C’est vraiment great de découvrir une nouvelle région, un village où l’imaginaire est possible. »

Ça fait plus de douze ans que Fano Maddix expérimente dans l’univers du conte. Iel s’intéresse au folklore de tradition orale d’Acadie, mixé avec de la science-fiction, du récit d’anticipation et de l’autofiction. Avec ses premiers spectacles comme Le Haricot magique et Conte bright comme un diamond, Fano s’est démarqué·e par sa façon de revisiter des contes parfois millénaires, mais avec des perspectives queers et écoféministes.

Une résidence de création permet de faire des rencontres, d’être dans sa bulle et d’avoir de la solitude. Son art de la parole passe d’abord par le corps en mouvement, comme marcher ou danser.

Fano Maddix © Dylan Lafontaine

« Qu’est-ce que ça donnerait comme expérience collective et personnelle si je me retrouvais à l’intérieur d’un conte folklorique? » – Fano Maddix

Fano Maddix en spectacle © Anne-Marie Hivert

Marche et démarche

Fano Maddix n’écrit pas ses contes. Iel fait plutôt des dessins des péripéties ou pense aux personnages et aux objets. « J’y pense, je bouge mon corps et je m’imagine dans ces lieux-là. »

Pour Fano, le folklore ce n’est pas juste un truc du passé, mais une tradition du présent avec laquelle on interagit. Le spectacle sur lequel iel travaille est composé de cinq contes anciens qui virent dans la science-fiction. On y suit des personnages féminins forts. Iel pense ses contes en se demandant : « Qu’est-ce que ça donnerait comme expérience collective et personnelle si je me retrouvais à l’intérieur d’un conte folklorique? »

Curieux·euses d’entendre conter son univers singulier ? Sachez que Fano Maddix conte toujours en chiac, une couleur propre à son « orature » et que vous pouvez assister à sa sortie de résidence le dimanche 26 avril en formule 5 à 7 Chez Mel et Nico Autour d’un café à Saint-Élie-de-Caxton. Pour réserver ou pour plus d’information, c’est ici.

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