14 mai 2026

Hôtel Royal : la vie en analogique

Par Frédéric Laurin

Le duo musical père-fils de Shawinigan Hôtel Royal lancera son second album à l’automne prochain.

Lancer un nouvel album sans utiliser les réseaux sociaux ni YouTube, c’est le défi que s’est donné le groupe musical formé d’André et Lou Trudel, père et fils.

Comme le justifie Lou, le duo espère revenir aux authentiques relations humaines : « J’ai l’impression que, ces temps-ci, on perd la sensibilité des gens, le contact physique. »

Et il poursuit : « On va faire une sortie d’album analogue, à travers des activités, le bouche-à-oreille et une infolettre envoyée physiquement par la poste », en espérant peut-être créer un mouvement en ce sens chez les artistes.

Autres exemples : la publicité du nouvel opus se diffusera par un affichage original sur des pancartes à Montréal, à Québec et ailleurs, tandis que des vidéo-clips du groupe seront présentés en personne lors d’une séance spéciale dans un cinéma de Montréal.

Lou Trudel © Charles-Antoine Godin

C’est quand même paradoxal pour un groupe qui affectionne une certaine modernité dans ses sonorités, évoluant autour du rap, du hip-hop et de beats technos. « On dit qu’on est du rap expérimental ou alternatif, mais on n’aime pas trop se définir. On écoute tellement de choses différentes qu’à la fin, on est un gros melting pot de toutes nos inspirations », explique Lou.

André confirme : « Ce qui fait que c’est du rap, c’est la façon de chanter de Lou. Mais si l’on enlève la voix, ce n’est plus du hip-hop, ni du rap ». D’ailleurs, Lou se considère davantage comme un musicien qu’un rappeur, lui qui a fait des études en jazz.

« Les groupes qu’André aime de sa génération, c’est de la musique que j’ai écoutée toute mon enfance et encore maintenant. Et la musique de ma génération avec laquelle j’ai grandi, mon père l’a prise et l’écoute aujourd’hui. » – Lou Trudel

Une musique plus analogue aussi

Après « Fondation », leur tout premier album lancé en juin 2025, ils souhaitent maintenant explorer une autre direction musicale pour leur seconde création, reflétant davantage leur « maturité artistique ». On peut en avoir un avant-goût en écoutant leur minialbum « Soleil Soleil ».

André Trudel © Charles-Antoine Godin

Et là aussi, ils se dirigent vers un style plus analogue, avec de vrais instruments de musique, ainsi que des beat box et synthétiseurs analogues, plutôt que le son synthétique d’un ordinateur.

Hôtel Royal a vu grand pour la réalisation de cet album. Enregistré en Normandie, il a été mixé à Paris par un ingénieur de son qui travaille avec des artistes comme Polo & Pan, M, et l’Impératrice. « Il nous a fait un super prix : le fait qu’on soit père et fils, je pense que ça l’a charmé… ou qu’il a eu pitié de nous! », croit André en riant. Et le mastering audio a été réalisé aux États-Unis par une sommité qui compte comme clients nul autre que Snoop Dogg, Kendrick Lamar et Rihanna!

Une symbiose musicale familiale

Si Lou compose les textes, tout le processus artistique se fait en mode inspiration mutuelle constante : « Globalement, on fait vraiment de la musique à deux », ajoute Lou. « Mais pour la voix, j’adore écrire, c’est ma passion », précise-t-il.

Loin de s’opposer par la différence d’âge, les goûts musicaux des deux musiciens témoignent plutôt d’une forme de partage multigénérationnel : « Les groupes qu’André aime de sa génération, c’est de la musique que j’ai écoutée toute mon enfance et encore maintenant. Et la musique de ma génération avec laquelle j’ai grandi, mon père l’a prise et l’écoute aujourd’hui », explique Lou.

D’ailleurs, tout au long de l’entrevue, on constate la complicité entre le père et le fils. « On vire ensemble tout le temps. On est vraiment devenu des amis », confirme Lou. Et André de remarquer : « C’est vrai que c’est rare : mes autres amis de mon âge qui ont des enfants ne vivent pas ce genre de relation là. »

Hôtel Royal en perfo © Charles-Antoine Godin

André et Lou Trudel © Hôtel Royal

Être son propre label

Autre particularité, le groupe n’a pas de label. Tout le travail est accompli par Lou, qui coordonne les réservations de spectacles, les relations de presse, le graphisme, la distribution, etc.

Cet intérêt pour la gestion n’est peut-être pas étranger à la fibre entrepreneuriale du père, André étant à l’époque l’un des cofondateurs de la microbrasserie Le Trou du diable à Shawinigan et aussi son maître-brasseur et son directeur de la production.

D’ailleurs, en parallèle à sa carrière musicale, André travaille actuellement à accomplir un vieux rêve : produire du vin en Italie avec un partenaire italien qui est lui aussi un ancien brasseur. D’où le nom original du vignoble : Wine Brewers (les Brasseurs de vin).

Là encore, leurs mondes se rejoignent, puisque Lou est sommelier dans un restaurant de Montréal. « Mais c’est de la musique que je veux faire dans ma vie, comme carrière », tempère-t-il.

Comme quoi cette symbiose improbable entre le père et le fils n’est pas que musicale!

Hôtel Royal était en prestation en bibliothèque à Shawinigan, dans le cadre de la campagne Ta biblio, c’est plus que des livres, devant un public ravi!

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