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- Maghrébec : une lettre d’amour au Québec
L’artiste marocain, français et québécois 2Fik présentera le 30 avril prochain une performance au Centre d’exposition Léo-Ayotte à l’image de sa démarche artistique unique. Cette prestation s’inscrit dans le cadre de son exposition en cours Maghrébec qui aborde les enjeux d’immigration et d’identité sous l’angle inusité de la réinterprétation de la légende de la Chasse-galerie. Regard sur la performance et le projet inusités de l’artiste multidisciplinaire 2Fik.
C’est la toute première fois que le Centre d’exposition Léo-Ayotte présente une performance entre ses murs, hors d’un vernissage. 2Fik décrit sa prestation comme étant à la fois excentrique, participative et optimiste. Il explique « c’est un peu flyé puisque ce ne sera pas sur scène. La performance se fait dans la salle, donc les personnages vont se déplacer dans le public. Il y aura des interactions de manière très naturelle ».
La performance proposée par l’artiste se déploie en relation avec les œuvres de son exposition en cours Maghrébec, ainsi que par les interactions avec l’auditoire. « Ça s’appelle La Chasse-galerie, l’aventure de ma vie. On imagine des situations avec des personnages qui prennent vie et qui parlent de leurs aventures en arrivant au Québec ».
« Cette exposition est pour moi une célébration de mon amour du Québec. Une célébration de ce que le Québec m’a apporté en tant que personne et artiste. »
Fasciné par les questions d’identité et de représentation de soi, 2Fik accorde une grande importance à la dimension participative de sa performance. Il souligne à quel point les échanges et les rencontres humaines sont essentielles à l’apprentissage. « Ce que j’aimerais que les gens retiennent [de la performance], c’est un certain optimiste par rapport au futur, par rapport au fait que les temps sont difficiles et qu’on peut faire mieux », complète-t-il.
2Fik Court la Chasse-Galerie © 2fik
Réinterpréter une légende
C’est en 2016 que son projet de réinterprétation de la légende de la Chasse-galerie a débuté. « Alors j’ai fait la lecture du texte. Je suis allé voir l’œuvre originale à Québec. J’ai fait mes recherches… puis j’ai proposé au FTA (Festival TransAmériques) de réinterpréter la Chasse-galerie […] Je leur ai proposé l’idée folle de recréer les images de la Chasse-galerie sur la Place des Festivals avec une performance sur trois jours. Trois fois douze heures. Ils ont dit « OK, on adore » », ricane-t-il.
La Grande Intendante © 2fik
2Fik a repensé la légende : autrefois huit bûcherons qui vendent leur âme au diable pour aller célébrer le temps des Fêtes avec leurs bien-aimées. L’artiste propose pour sa part huit immigrés qui vendent leur âme au diable pour venir habiter au Québec. « Il y a beaucoup d’humour, mais aussi beaucoup de thématiques sérieuses. Pour moi, l’humour est la meilleure façon de ramener les gens vers soi, d’attirer les gens. Que la réaction soit positive ou négative, quand on rigole, on est moins sur la défensive. »
Sa réinterprétation de la légende est le cœur de l’exposition Maghrébec (mot-valise entre Maghreb et Québec). Elle se décline principalement via des photos et capsules vidéos datant de 2006 à 2020 qui ont un lien direct soit avec le Maroc, le Québec ou la combinaison des deux. L’artiste multidisciplinaire nomme l’immigration au Québec, la question identitaire ainsi que les concepts de préjugé et de préconception comme étant les sujets centraux de son exposition. « J’ai envie que les gens repartent en se disant « franchement c’est un peu flyé, mais je suis bien content que ça existe » », s’exclame 2Fik.
À la croisée du Maroc et du Québec
« Le Maroc a quelque chose de très jovial et bon vivant, ce que le Québec a aussi », raconte-t-il. L’artiste a vécu son adolescence à Casablanca puis a immigré au Québec il y a de cela vingt-trois ans. S’intéressant à la relation entre la langue et la culture, il aime remarquer les rapprochements entre les deux régions du monde.
Le Centre d’exposition Léo-Ayotte propose jusqu’au 10 mai la programmation Passeport pour… Le Maroc qui met à l’honneur le pays et ses artistes contemporains via trois expositions : L’erreur est aubaine : Les mémoires de l’eau de Marwan Sekkat qui explore le motif de l’eau comme une métaphore de la migration et de la transmission culturelle, Oeil Pour Oeil de Sfiya qui interroge la façon par laquelle des croyances se cristallisent au sein d’une communauté et Maghrébec de 2Fik.
Performance de Nadine Altounji, Anit Ghosh et Yaho Matey devant les œuvres de l’exposition Maghrébec de 2Fik © Culture Shawinigan
Ne manquez pas la performance de l’artiste 2Fik le 30 avril prochain à 17h. Pour plus d’informations sur les expositions ou la prestation à venir, visitez le site web du Centre d’exposition Léo-Ayotte!