5 mars 2026

Les soins des Amazones @squarefemininity : les nuances roses de la féminité numérique

Par Magali Boisvert

Rose. Si la surconsommation moderne des produits de beauté avait une couleur, ce serait le rose. Du moins, c’est ce qu’en pense l’artiste pluridisciplinaire Annie Baillargeon. Dans son projet numérique de longue haleine @squarefemininity – on comprendra qu’il s’agit de son pseudo sur Instagram –, la teinte en devient presque nauséeuse, quoiqu’étrangement captivanteCe sont justement ses vidéos et ses clichés les plus frappants – dans lesquels l’artiste se met elle-même en scène –, qu’elle nous montre dans sa nouvelle exposition Les soins des Amazones @squarefemininityPrésentée jusqu’au 29 mars 2026, au Centre d’exposition Léo-Ayotte, cette exposition nous ouvre la porte de cette intimité féminine pour qui voudra bien y entrer. 

L’art viscéral du corps

Annie Baillargeon n’a pas hésité longtemps avant de devenir artiste : « C’était vraiment viscéral. L’art, c’est la meilleure chose pour ne pas être pris dans un cadre. » Originaire de Québec, elle trouve rapidement sa signature. S’intéressant aux représentations du corps, l’artiste utilise d’abord le sien comme cobaye, puis par habitude. « J’utilise le corps comme matériau. C’est le fil conducteur de ma pratique », ajoute-elle au sujet de sa démarche.  

Cette tension entre le corps et le regard qu’on pose sur celui-ci, Annie Baillargeon l’explore à travers la peinture, la photographie, la vidéo et la performance. Au fil des années, elle a vu ses œuvres être exposées au Musée des beaux-arts du Canada, au Musée national des beaux-arts du Québec et à la Banque d’art du Conseil des Arts du Canada. Cette année, c’est au Centre d’exposition Léo-Ayotte que l’on peut voir une nouvelle exposition bien spéciale : Les soins des Amazones @squarefemininity. 

Les filles ont faim © Annie Baillargeon

Le compte Instagram @squarefeminity compte à ce jour près de 800 abonné·es. L’artiste mentionne que la plupart des commentaires proviennent de personnes du milieu artistique.© Annie Baillargeon

La plasticité du corps et le corps du plastique

Depuis maintenant quatre ans, Annie Baillageon s’intéresse à la surconsommation des produits de beauté et à la représentation des femmes sur les réseaux sociaux. C’est ce qui l’a amenée à publier ses œuvres sur le compte @squarefemininity, un univers distinct de sa page d’artiste. Jungle plastique aux tons pastel, les grilles s’organisent en galerie de photomontages de produits achetés sur Amazon. Parmi ceux-ci, on y trouve des clichés d’Annie Baillargeon qui porte des masques masseurs, des rubans, du maquillage et qui teste des filtres, des flacons transparents, ainsi que des pyjamas de satin.  

Cette surenchère artificielle d’une féminité à l’obsolescence programmée inquiète l’artiste : « C’est de pire en pire. Je le critique, mais je suis moi-même prise dans cette problématique-là, à l’aube de la cinquantaine. J’en consomme des produits de beauté, des crèmes… Qu’est-ce qu’on fait avec ce problème-là ? » Pour elle, ce projet consiste à la fois en « un exutoire, en même temps d’être un lieu de guérison ». « Je remets en question ce qui se passe dans l’intimité des femmes », ajoute l’artiste dont la démarche a été nourrie par des œuvres comme l’essai Maquillée de Daphné B.  

« J’en consomme des produits de beauté, des crèmes… Qu’est-ce qu’on fait avec ce problème-là ? », se questionne Annie Baillargeon

Lors du vernissage de l’exposition, Annie Baillargeon a livré une performance déroutante dont certains extraits ont été partagés sur son compte Instagram. Tout habillée de rose et de dentelle, elle respirait dans un sac de livraison Amazon comme on hyperventile dans un sac de papier. On pouvait la voir se barbouiller de crèmes avant d’écraser son visage contre une plaque de verre, créant un jeu troublant de reflets et de transparence. Depuis, l’inconfort (et la fascination) provoqué par cette performance persiste, tout autant que celui créé par l’abondance de représentations qui vendent une jeunesse prolongée. 

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Les soins des Amazones @squarefemininity © Annie Baillargeon

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Annie Baillargeon se démarque par sa manière de se mettre elle-même en scène dans ses performances. © Annie Baillargeon

Un projet loin d’être déterminé

Annie Baillargeon souhaite poursuivre ce projet durant plusieurs années. Elle pense faire participer sa propre fille, qui fait partie du public cible des campagnes publicitaires de l’industrie de la beautéL’artiste se préoccupe des filles qui adhèrent, de plus en plus jeunes, à cette rhétorique marchande. La féminitételle que promue auprès de cette jeune clientèlene se résume plus seulement qu’à l’image de la BarbieCela dit, elle reste tout de même un symbole assez fort et l’artiste la met en scène alors que, sur une photo, la poupée pleure devant un gâteau. Un gâteau rose, bien sûr. 

Les soins des Amazones @squarefemininity est présenté au Centre d’exposition Léo-Ayotte, jusqu’au 29 mars 2026En amont de votre visite, on vous invite grandement à découvrir l’univers d’Annie Baillargeon, à travers son projet numérique @squarefemininity. 

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