- Accueil
- Magazine
- Arts de la scène
- Kim Lafontaine : Apprivoiser l’intimité partagée
Kim Lafontaine se décrit comme une artiste des arts vivants. Touchant la danse, la sculpture portable, la photo, la performance, le court-métrage et plus récemment l’écriture, nous pourrions également la qualifier d’artiste multidisciplinaire.
« On devient artiste multidisciplinaire à partir du moment où l’on a des techniques très différentes », affirme-t-elle. Et à voir l’étendue de sa pratique, l’appellation lui va manifestement comme un gant.
Kim Lafontaine pratique les arts depuis 2009. C’est au tournant de 2018 qu’elle comprend avoir le désir de sortir des galeries pour présenter ses œuvres, et surtout, d’utiliser son propre corps comme médium. À cette époque, l’artiste s’intéresse particulièrement à la vulnérabilité du corps face au matérialisme qui occupe une place importante dans l’espace commun. La trifluvienne oriente alors progressivement sa pratique vers des œuvres performatives, tantôt qui implique d’autres individus, tantôt qui mobilise la photo ou la vidéo, tantôt qui se déploie en plein air.
L’artiste multidisciplinaire Kim Lafontaine. © Steeve Gignac
Une démarche entre intimité et humanité
Kim Lafontaine est présentement inscrite au doctorat en art et philosophie de l’UQTR. Entre ses études postuniversitaires et ses projets artistiques, elle développe une démarche bien singulière qu’elle qualifie d’humaniste. « De plus en plus, je m’ancre dans une éthique du care qui privilégie l’accueil inconditionnel, le respect des rythmes individuels et la reconnaissance des expériences vécues. C’est comme si mes prestations publiques ou mes œuvres publiques deviennent des espaces d’intimité partagés ».
Dans sa perception, l’artiste devient ultimement une figure familière et participative pour le public. « En dessous de ça, j’essaye de faire en sorte que moi je puisse être libre, mais que ceux qui entrent dans cet espace se sentent aussi libres et voyageurs au sein de leur propre vécu », souligne-t-elle.
Chorégraphie interactive Touche la nature. © Étienne Boisvert
Madame Gribouillis de Kim Lafontaine. © Steeve Gignac
Quand projets et démarche résonnent
Kim Lafontaine a pris part à la résidence de création Dehors un poème de l’OBNL La poésie partout, qui s’inscrivait dans la programmation du Festival international de la poésie de Trois-Rivières l’automne dernier. C’est ainsi que pendant plusieurs semaines l’artiste était en processus d’écriture dans divers lieux publics et extérieurs.
À sa sortie de résidence, Kim s’est vêtue d’une sculpture portable à laquelle elle avait attaché des poèmes avant de déambuler dans l’espace public. Les passant·e·s pouvaient ainsi cueillir des poèmes, s’en faire offrir et même en écrire par eux-mêmes. « Je suis habillée bizarrement d’une sculpture. Ils ne me connaissent pas. Je leur donne un poème. Donc c’est relax, mais là, beaucoup de femmes se confiaient. Elles ne me laissaient pas partir ». La poète raconte avoir reçu de nombreux témoignages et confidences lors de cette déambulation en plein air. Dans cette vulnérabilité spontanée du public, l’artiste identifie un lien avec sa démarche et ses recherches qui abordent les espaces d’intimité partagés et l’éthique du care.
Elle relève avoir été touchée de manière semblable lors d’un projet en danse. Il s’agit de la chorégraphie Touche la nature qu’elle a créée et présentée à la Galerie R3 de l’UQTR qui mettait de l’avant quelques personnes aînées. Lors d’une présentation, des étudiant·e·s étaient présents et Kim Lafontaine note que plusieurs d’entre elles·eux pleuraient. L’artiste reconnaît que cela touche une fois de plus son approche. « On dirait que les gens ont besoin en ce moment de se connecter à des expériences bienveillantes », affirme-t-elle.
Résidence Dehors est un poème. © Steeve Gignac
« J’ai une approche qui est basée beaucoup sur l’écoute, mais vraiment aussi sur le fait que les gens puissent avoir un moment, même si bref, d’émancipation. »
Femme fusée de Kim Lafontaine, OFF de poésie de Trois-Rivières. © Étienne Boisvert
La tête dans l’écriture
Après s’être consacrée davantage à des projets en art vivant au cours des dernières années, Kim Lafontaine se consacre désormais à l’écriture. En parallèle de son doctorat, elle travaille sur un premier livre situé au croisement du récit biographique et de l’autofiction. L’ouvrage abordera les années où elle a vécu en centre jeunesse. Bien consciente qu’il s’agit d’un propos d’actualité, l’autrice espère que cette œuvre puisse résonner auprès des personnes qui accompagnent les jeunes suivis par la DPJ.
Pour en savoir plus sur l’artiste, ou suivre l’évolution de ses prochains projets, consultez ses réseaux sociaux.