22 septembre 2026

Le lustre du dernier lustre : 5 années, 5 parcours

Par Marjolaine Arcand

Un lustre, c’est une période de 5 années. C’est aussi, au sens figuré, l’éclat qui distingue une œuvre, une personne ou une époque. Pour souligner son 5e anniversaire, DICI est allé à la rencontre de cinq artistes mauriciens pour mettre en lumière le chemin parcouru par chacun·e et imaginer celui qui s’ouvre devant eux·elles.

Catherine Bard © David Leblanc

Catherine Bard : Embrasser sa différence

Le doute est souvent le propre des artistes, même des plus accomplis. C’est ce à quoi s’est récemment attaquée l’illustratrice et autrice Catherine Bard.

« J’ai souhaité me solidifier en tant qu’artiste. J’ai un parcours atypique, et j’ai décidé d’embrasser ma différence et d’en faire ma force », raconte l’ancienne biologiste, qui s’est taillé une place dans le monde de la bande dessinée.

Entre les projets d’illustration et d’exposition, elle a ficelé de belles collaborations avec le milieu de l’édition, jusqu’à publier son premier livre en tant qu’autrice et illustratrice, Le Saltimbanque, aux Éditions Planète Rebelle (2025). Même si elle a plus de projets d’illustration qu’il n’en faut, Catherine Bard se permet de rêver à d’autres horizons. Peut-être une exposition en salle (parce qu’elle est aussi céramiste!), ou des partenariats avec le milieu communautaire, pour mettre son art et sa sensibilité au service des causes qui lui tiennent à cœur. « C’est une façon tellement valide de toucher les gens », note-t-elle.

Ce que son territoire nourrit

Arrivée dans la région par les grandes portes du Parc national de la Mauricie, la Caxtonienne d’adoption a eu la chance d’y côtoyer la nature de façon très intime. C’est un euphémisme de dire que la faune d’ici est présente dans ses œuvres, où renards, ours et orignaux s’entrelacent avec l’imaginaire (sur fond de forêt mixte!). Elle songe même à une série de bandes dessinées jeunesse particulièrement ancrée dans la nature de sa région, comme elle affirme : « Les animaux rendent les sujets difficiles plus doux. »

Illustration d’un livre de Guylaine Guay qui paraîtra dans la collection La vie devant toi aux Éditions de la Bagnole au printemps 2027. Public cible à partir de 4-5 ans. Ainsi qu’une série de livres pour les 0-4 ans sur les animaux menacés aux Éditions KATA. 4 tomes à paraître en 2027.

Cintho © David Leblanc

Cintho : Un univers sans cases

Ça ne fait pas tout à fait cinq ans que le projet éclectique qui s’articule autour de Cintho a vu le jour. Un collectif de musiciens gravite autour de l’auteur-compositeur-interprète, dont sa garde rapprochée, composée du guitariste-bassiste Math Normal (Mathieu Audet) et du DJ beatmaker Pépito (Xavier Demondehare). Il explique : « Ces deux gars m’ont permis d’approfondir mes connaissances de la musique et de ce qui entoure l’art en général. C’est une évolution qui m’a donné le goût de créer un univers artistique rempli. »  Rempli, c’est le cas de le dire, puisqu’à cet univers se greffent quelques alter ego — Alfred, Moogly et Hartus — qui donnent respectivement dans l’électropop, le rap et le punk rock. Ensemble, ils naviguent entre sketch humoristique, chanson et narration. Et surtout, ils refusent de se cantonner à un seul genre musical.

« Tout a déboulé tellement vite », raconte Mathieu Audet. Des microalbums, une demande de subvention acceptée (reçue comme un « sceau de validation du milieu artistique »), un premier album (Exactement ailleurs, 2025), une reconnaissance de Culture Mauricie, puis, le point culminant : une première participation au Festivoix. Cintho affirme : « C’était le rêve de tout le monde dans le band. » Et une fois les objectifs si rapidement atteints, que fait-on? « On continue d’avoir du fun.

« On joue de la musique parce qu’on aime ça, et on veut garder cet état d’esprit », conclut Cintho, qui a des envies de reggae, de latino, d’africain et… de cithare vietnamienne!

Ce que son territoire nourrit

Pour les trois Trifluviens, les racines sont bien ancrées ici. « En ce moment, il y a un élan artistique fort, et c’est l’fun de faire partie de ce mouvement », note Mathieu. « On sent une forte aide à la création entre les artistes, on se côtoie, et on s’influence », ajoute Cintho.

L’album Ne me casez pas vol. III sortira quelque part à la fin de 2026 ou au début 2027. Suivez les réseaux sociaux de Cintho pour ne rien manquer.

Jacques Newashish © David Leblanc

Jacques Newashish : La confiance en sa voie

Peu importe le projet qu’entreprend Jacques Newashish, l’art y est toujours présent. « C’est ma voie, et ça prend différentes formes. Le chant, le conte, la performance, la peinture… », énumère l’artiste atikamekw. Le large éventail de ses récentes réalisations en témoigne : sa première grande exposition personnelle, Ni Kaki Tackakwan (« Ce qui m’a influencé », 2022), son travail d’acteur dans Soleils Atikamekw (2023), le lancement de son premier EP, Trésors Atikamekw (2025), et quelques distinctions, notamment la Médaille de la lieutenante-gouverneure du Québec pour les Premières Nations.

Même après 40 ans de carrière, il arrive à se renouveler. « Dans les dernières années, je me suis découvert et je me suis fait encore plus confiance dans ce que je fais », partage celui qui nourrit encore une foule de projets : la réécriture d’histoires destinées aux enfants, aux ados et aux adultes, l’enregistrement de chants et la captation des savoirs des aînés.

« Ça m’allume et c’est pressant de consulter ces dictionnaires vivants », observe-t-il. Chaque fois, le même désir anime Jacques Newashish : partager sa culture autochtone au plus grand nombre.

Ce que son territoire nourrit

« La Mauricie, c’est chez nous, s’exclame le résident de La Bostonnais, originaire de Wemotaci. Mon ADN est composé de ce territoire, ses arbres, ses rivières, ses animaux. Je ne peux pas m’en séparer. Je suis ce territoire, et ça transparaît dans ma pratique. »

Du 15 au 26 octobre 2026 : Participation au festival Les jours sont contés à Sherbrooke, et en décembre 2026 : Participation à une exposition à la Factrie 701.

Catherine Bard, Cintho, Jacques Newashish, Liliane Pellerin, Alexandre Dostie. © David Leblanc

Liliane Pellerin © David Leblanc

Liliane Pellerin : Souveraineté en plusieurs actes

Les dernières années auront été celles où Liliane Pellerin a choisi de vivre pleinement de son art. « C’est un acte de souveraineté », clame l’artiste multidisciplinaire, qui navigue librement entre musique, poésie, écriture et sérigraphie. Elle poursuit :

« Je cherchais ma place, je voulais être libre. »

Cette quête a commencé par un exil d’écriture dans de grands espaces blancs. Son premier spectacle solo en a résulté. Il s’agissait de Chansons tressées d’échine dressée, né autour d’un désir de partager son expertise en art relationnel auprès de groupes de femmes et d’une envie d’explorer de nouveaux médiums pour donner une forme aux mots échangés.

Un album (Avant que les oiseaux se taisent, 2024), une première exposition (Le fil, 2025) et quelques prix plus tard, Liliane Pellerin aborde la suite comme un canevas vierge, où elle souhaite « laisser la place à ce que la création a de sauvage ». Elle souhaite renouer avec sa chanson, laissée en jachère. « Je sens la terre fertile », image celle qui a des envies d’ambiance électro. Elle caresse aussi l’idée de mettre en livre ses textes qui vivent déjà ailleurs, notamment sa correspondance avec l’artiste féministe Pol Pelletier, auprès de qui elle a longuement approfondi la recherche sur la présence authentique.

Ce que son territoire nourrit

La Shawiniganaise entretient un rapport d’amour avec la Mauricie sauvage. C’est dans le bois ou au bord des rivières qu’elle tombe le plus souvent en état créatif. L’artiste conclut : « Le sauvage me régénère pour créer mieux. »

Le spectacle Un champ de fleurs qui pousse sur l’effondrement du monde sera présenté le 27 septembre lors du Festival MAURICIE ART VIVANTS, et son exposition Le fil, sera reprise à La petite Place des Arts de Saint-Mathieu-du-Parc. Vernissage le 6 février 2027.

Alexandre Dostie © David Leblanc

Alexandre Dostie : Renouveler ses vœux

En 2020, le cinéaste, poète et dramaturge Alexandre Dostie quittait Travelling Distribution pour se consacrer entièrement à la création. Il avait, dans les poches, du talent, de l’expérience, mais aussi quelques questions sur les véritables raisons qui le poussaient à créer. Il affirme : « La première partie de ma carrière a été marquée par un désir d’exister, de briller, de relever des défis. Je sentais que ça manquait désormais de sens. » Une profonde réflexion lui a permis de trouver les bonnes raisons. Celles qui suffisent à le garder dans le daily grind et l’incertitude liée au métier, comme il le dit :

« Je souhaitais me respecter comme humain dans ce que je suis capable de faire. Enlever les absolus. Me réconcilier avec mon champ des possibles, qui est déjà bien suffisant. Ces dernières années ont servi à renouveler mes vœux avec mon choix de travailler comme artiste. »

À ça, et aussi à publier un deuxième recueil de poésie (Que ceux qui m’aiment me sauvent, 2022), à réimprimer (une troisième fois!) son premier recueil de poésie (Shenley, 2014), à signer un court-métrage (BOA, 2025), à écrire sa première pièce de théâtre (Kiki et la colère, 2026) et à offrir ici et là des ateliers de poésie et de cinéma. Oh, et à accueillir un premier enfant. Gros programme. Il admet : « Ma quête de sens m’a donné tellement d’énergie, je me sens apte à réaliser les rêves que je porte. »

Ces rêves comportent notamment un nouveau recueil de poésie destiné aux ados, et l’adaptation de Kiki et la colère en long-métrage, son « plus gros projet à vie ».

Ce que son territoire nourrit

Alexandre Dostie est installé à Trois-Rivières depuis bientôt 20 ans. Si sa série Sainte-Cécile cristallisait son coup de cœur pour la ville, il a ensuite longuement exorcisé sa Beauce natale dans ses œuvres. Il explique : « Là, je suis dans une phase où la Mauricie remonte dans mes créations. Kiki en est le premier jalon, et c’est ici que j’aimerais tourner le long-métrage. […] Trois-Rivières m’a permis de me définir, de prendre ma place et elle m’inspire encore! »

Le texte de Kiki et la colère paraîtra chez Leméac le 23 septembre et sera lu le 24 septembre dans le cadre du Festival MAURICIE ART VIVANTS.

Découvrez notre cahier de la rentrée ici. © David Leblanc

Notre cahier de la rentrée

Nos cinq artistes se retrouvent en page couverture du Cahier spécial de la rentrée culturelle DICI en partenariat avec Le Nouvelliste, disponible depuis le 16 septembre partout en Mauricie. De gauche à droite : Catherine Bard, Cintho, Jacques Newashish, Liliane Pellerin, Alexandre Dostie.

Découvrez davantage de portraits sur les artistes d’ici sur notre site.

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