18 août 2026

La BD adulte, dans l’œil d’Anthony Ozorai

Par Frédéric Laurin

Bien éloignée de nos Astérix, Tintin et Lucky Luke de notre enfance, la BD adulte est devenue, au fil du temps, un véritable genre, varié, fascinant et foisonnant.

Et qui de mieux pour nous la faire découvrir qu’Anthony Ozorai, fort de son expérience passée comme libraire et grand amateur de BD!

Anthony Ozorai, libraire et spécialiste enthousiaste du 9e art. © Frédéric Laurin

En genres et en thèmes

Belge d’origine, on ne s’étonne évidemment pas de l’intérêt de ce résident trifluvien envers le 9e art, la Belgique étant une véritable nation de BD. Mais chez Anthony Ozorai, sa passion pour ce style littéraire dépasse sa belgitude, et c’est à travers ses connaissances fines et son enthousiasme qu’il nous en parle.

« C’est assez génial, car il y a tellement de styles disponibles aujourd’hui », explique-t-il. Des récits historiques, fantastiques, scientifiques, romantiques, humoristiques, en passant par les mangas et les « comics » à l’américaine, il y a des BD adultes pour tous les goûts.

« On a des BD qui touchent à un sujet d’actualité, comme sur les réfugiés, ou sur l’économie ; il y a de la BD documentaire ; il y a toute la thématique LGBTQ+ aussi, ce qui me parle beaucoup, faisant partie de cette communauté-là », poursuit-il.

« J’ai vu des bandes dessinées qui parlaient même de mécanique quantique, mais qui étaient aussi complètement dingues et très drôles. J’apprécie beaucoup cette façon de vulgariser certaines thématiques, d’ouvrir les horizons ».

Au Québec, on peut citer, par exemple, les œuvres plus connues de Michel Rabagliati et de Guy Delisle. La Belle Province se distingue aussi par une présence notable d’autrices, telles que Zviane, Cathon et Iris. « Il y a une certaine parité qu’on trouve peut-être moins ailleurs », estime Anthony Ozorai.

© Frédéric Laurin

La beauté graphique

Mais qu’est-ce qui différencie la BD pour adulte du Tintin que l’on connait tant? Anthony Ozorai explique : « une BD classique, c’est une BD de 48 pages, le format que l’on connait tous, avec des phylactères, avec des planches délimitées par certaines cases. En BD adulte, ça peut être des histoires beaucoup plus éclatées, des contenus plus décalés, plus underground que la BD classique. »

L’entrevue se déroulant à la bibliothèque Gatien-Lapointe de Trois-Rivières, qui détient une belle collection de BD adulte, il tire des tablettes divers exemples qu’il commente.

Sous son regard, au fil de cette visite « guidée », la BD devient « un objet d’art », alors qu’il feuillette plusieurs ouvrages pour en souligner la qualité et la beauté visuelle. « Le côté graphique permet de raconter des histoires autrement. C’est génial ! », s’exclame-t-il, l’image ayant « une puissance » très évocatrice, selon lui.

« Si j’accroche au dessin, alors là, je vais être comme happé par la thématique ; ça va m’accrocher » précise-t-il.

« J’ai vu des bandes dessinées qui parlaient même de mécanique quantique, mais qui étaient aussi complètement dingues et très drôles. J’apprécie beaucoup cette façon de vulgariser certaines thématiques, d’ouvrir les horizons. »

© Frédéric Laurin

La BD en Mauricie

La Mauricie compte plusieurs auteur·ices de BD adulte. On pense évidemment à François St-Martin et sa série Dans la tête de François. Mais aussi à Amélie Dubois (La Clé des Bois, un récit autobiographique sur son arrivée en Mauricie), ainsi qu’à Pascal Blanchet, originaire de la région, bédéiste et illustrateur reconnu (pour le Festival de Jazz notamment).

Le Salon du livre de Trois-Rivières offre aussi une place de choix à la BD, en accordant annuellement deux Prix BD (jeunesse et adulte) accompagné d’une bourse de 1 000 $ chacun. « Un prix avec autant d’argents, c’est quand même rare en région », mentionne Anthony Ozorai.

Notons aussi que celui-ci anime un club de lecture BD à la bibliothèque Gatien-Lapointe de Trois-Rivières.

Pour s’initier à la BD pour adulte :

  1. Maus, d’Art Spiegelman
  2. Paul à Québec, de Michel Rabagliati
  3. Quartier Lointain, de Jirô Taniguchi
  4. Blacksad, de Juan Diaz Canales et Juanjo Guarnido
  5. L’âge d’or, de Cyril Pedrosa
  6. Les Ignorants, d’Étienne Davodeau
  7. La Route, de Manu Larcenet
  8. Frankenstein, de David Sala
  9. L’Odyssée d’Hakim, de Fabien Toulmé
  10. The Nice House On The Lake, de James Tynion Iv

Liste de BD et auteur·ices mentionné·es en entrevue :

  • Pyongyang, Chroniques birmanes, Chroniques de Jérusalem, de Guy Delisle
  • La série Astro Boy, d’Osamu Tezuka
  • Le Roi Léo, d’Osamu Tezuka
  • Son odeur après la pluie, Cédric Sapin-Defour
  • Thorgal, de Jean Van Hamme et Rosinski
  • Le grand pouvoir du Chninkel, de Jean Van Hamme et Rosinski
  • Le roi méduse, de Brecht Evens
  • Le château des animaux, de Xavier Dorison et Félix Delep
  • Le Faune Gabriel, de Dimitri Vey et Manuel Arenas
  • Enki Bilal, auteur
  • François Boucq, auteur
  • Adèle Blanc-Sec, de Jacques Tardi
  • Carbone & Silicium, de Mathieu Bablet
  • La terre verte, d’Alain Ayroles et Hervé Tanquerelle
  • Les Indes fourbes, d’Alain Ayroles et Juanjo Guarnido
  • Knight Club, d’Arthur de Pins
  • Environnement toxique, de Kate Beaton
  • Le château des étoiles, d’Alex Alice
  • Alice Guy, de José-Louis Bocquet et Catel Catel
  • Le Poids des héros, de David Sala
  • Sage, de Quentin Zuttion
  • Les ogres-dieux T.1 : Petit, de Hubert Hubert et Bertrand Gatignol
  • Detroit Roma, de Joseph Siran et Elene Usdin

 

Le message d’Anthony, c’est qu’il faut continuer de lire de la BD, peu importe l’âge : « Quand j’entends des gens dire “Oh, mon Dieu, j’ai passé l’âge de lire les BD”, c’est parce qu’ils ne savent peut-être pas tout ce qu’il y a à lire ! »

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