20 août 2026

Adis Simidzija : Insuffler l’écriture pour prendre acte

Par Roxanne Larivée

« L’écriture, c’est prendre acte, c’est agir sur le monde, et on a tous le pouvoir d’agir collectivement  », affirme l’écrivain Adis Simidzija. Et c’est avec une grande générosité qu’il a discuté avec moi du pouvoir de la littérature dans un café de Trois-Rivières.

Ce Trifluvien, qui a fui la guerre en Bosnie-Herzégovine avec sa mère et son frère dans les années 90, a rédigé Les assauts de la mémoire, publié l’été dernier aux éditions Hashtag. Dans ce récit intimiste, il raconte ses traumatismes et il réfléchit aux enjeux identitaires liés au statut de réfugié. Son œuvre jeunesse intitulée Turbulences, parue en 2024 chez Bayard Canada, lui permet d’aborder l’exil et la violence sous le prisme de son enfance.

Au lancement de Racines de l’exil, livre composé de textes d’Adis Simidzija (à droite) et Simon Harel (à gauche). © Adis Simidzija

L’appel de la poésie

Lorsque je l’interroge sur la douceur particulière qui se dégage de son écriture malgré les traumatismes et la violence qu’il y aborde, Adis affirme que la littérature a également le pouvoir de nous faire réfléchir sur le monde dans lequel on vit et, ainsi, de l’adoucir :

« J’ai vécu les plus grands traumatismes qu’on puisse vivre en tant qu’enfant et je trouve tout de même de la douceur quelque part. » Cette douceur, c’est « l’appel à la poésie : La littérature me sauve énormément de la violence et j’essaie d’amener beaucoup de personnes vers cette douceur-là ».

Adis décrit son cheminement littéraire en quatre souffles. La première personne à lui insuffler le goût de l’écriture est sa professeure : « C’est un peu romantique comme point de départ, mais c’est ma professeure de francisation, madame Jasmyne, qui m’a donné cette fibre-là, qui m’a appris à ne pas avoir peur d’écrire et à ne pas avoir peur de me tromper en écrivant ».

L’auteur en séance de dédicaces à la Librairie Monet à Montréal. © Felicia Mihali

Le second souffle nait d’un professeur de sociologie qui l’encourage à travailler sur son histoire personnelle comme archive de vie. Le point de départ de son écriture est le dix-septième anniversaire de son frère. Cet événement marque le déracinement de sa famille, puisqu’ils quittent ensuite la Bosnie-Herzégovine pour le Québec.

Après un baccalauréat en sociologie à l’UQAM, il se dirige vers une maîtrise en recherche-création littéraire à l’UQTR. Sa directrice de maîtrise est le troisième souffle qui lui ouvre la voie vers la littérature, le quatrième souffle étant la confiance et l’aide que lui ont accordées ses pairs dans le processus de publication de ses textes après sa maîtrise. Grâce à eux, il se sent moins imposteur dans la posture de l’écrivain.

Adis Simidzija © Laurence B. Lemaire

« On ne fait rien seul en littérature alors qu’il y a un mythe de l’écrivain qui persiste. C’est ce qui m’amène à utiliser la littérature comme outil de médiation culturelle, d’abord et avant tout. Même dans les livres que je publie, mon objectif est la médiation culturelle. »

Se raconter

Cette confiance, il l’insuffle en retour lors des ateliers d’écriture qu’il donne auprès des personnes en situation d’itinérance dans le cadre de son travail d’intervenant à l’organisme Point de rue. Leurs textes sont publiés dans La Galère, le journal de rue qu’il co-dirige.

« J’amène des personnes à écrire des articles alors qu’elles ne savent pas écrire. Je leur demande de me parler et je leur prête mes mains. » Même quand ça n’aboutit pas à un texte, cela a permis à la personne de s’ouvrir et de se raconter. « C’est une façon de démocratiser encore plus l’écriture, car les gens ont des choses à dire. »

En rencontre jeunesse au Salon du livre de Montréal, 2025. © Adis Simidzija

L’écriture dans une perspective de médiation culturelle

Pour lui, l’écriture est un travail d’équipe et un moteur de changement : « On ne fait rien seul en littérature alors qu’il y a un mythe de l’écrivain qui persiste. C’est ce qui m’amène à utiliser la littérature comme outil de médiation culturelle, d’abord et avant tout. Même dans les livres que je publie, mon objectif est la médiation culturelle. »

C’est dans ce contexte qu’il a récemment fondé le Club empathique avec des amis et collègues : « L’objectif est de créer un espace de bienveillance, d’accueil et de respect où les gens vont se sentir à l’aise de se montrer vulnérable et de montrer leur vision du monde dans lequel on vit ».

Afin de rendre le monde plus doux, le Club empathique propose des ateliers d’écriture chaque début de mois à la Libraire Poirier de Trois-Rivières, et propose également des micros ouverts dans différents cafés de la ville.

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