4 août 2026

Rude Ingénierie : Quand les objets reprennent vie

Par Alice St-Onge Ricard

Culture Shawinigan

Contenu créé en partenariat avec Culture Shawinigan

Jusqu’au 30 août 2026, le Centre d’exposition Léo-Ayotte accueille le Musée de la Rude Ingénierie, une exposition qui brouille les frontières entre arts visuels, théâtre, mécanique et installation sonore. Derrière ces œuvres interactives se trouve le Théâtre Rude Ingénierie, un collectif qui transforme des objets récupérés en étonnantes machines poétiques. Pour mieux comprendre cette démarche singulière, nous avons rencontré Philippe Lessard Drolet, un des membres fondateurs du collectif.

Le lance-corde, de Rude Ingénierie. © Culture Shawinigan

Ingénieuse initiative

Le lancement du collectif se concrétise en 2013, lorsque Philippe Lessard Drolet, Bruno Bouchard et Pascal Robitaille fondent un organisme qui deviendra leur terrain d’expérimentation, un espace où les arts multiples se rencontrent. Le nom qu’il porte intrigue d’emblée. Pourtant, aucun de ses membres n’est ingénieur. « Nous sommes fascinés par les principes scientifiques et la manière de concevoir des objets efficaces, propres, optimisés », explique Philippe. La rudesse, elle, évoque plutôt l’inverse : le bricolage, l’essai-erreur, une approche instinctive où la matière participe elle-même au processus créatif. Les artistes ne cherchent pas à imposer une idée à l’objet, mais à dialoguer avec lui. Ses contraintes, ses mécanismes et même ses imperfections orientent peu à peu la création. C’est dans cette rencontre que le collectif retrouve l’essence du théâtre, soit une mise en scène où les objets deviennent de véritables partenaires.

Zoltar, un poète insolite. © Culture Shawinigan

Des objets qui racontent une nouvelle histoire

Dès l’entrée dans l’exposition, cette philosophie se comprend. Des mécanismes insolites s’animent, des sons surgissent au détour d’une installation, des objets familiers semblent soudain investis d’une nouvelle personnalité. Le public est invité à explorer activement, à manipuler, à écouter et à se laisser surprendre. Chaque œuvre possède sa logique propre, tout en contribuant à un parcours où la curiosité prend naturellement le dessus.

Derrière cette impression de spontanéité se cache pourtant un travail considérable. Programmation, électronique, mécanique, scénographie : les disciplines se croisent constamment. « On n’est expert en rien, mais on touche à tout », résume Philippe avec humour. C’est précisément cette polyvalence qui permet au collectif de développer un langage artistique original et inclassable.

Le recours à des matériaux récupérés fait également partie intégrante de leur démarche. Pour Philippe, il ne s’agit pas seulement d’une préoccupation écologique, mais d’une manière de reconnaître que toute matière possède déjà une histoire. Plutôt que de créer à partir de rien, les artistes préfèrent détourner des objets existants et leur offrir une nouvelle fonction. Une vieille pièce mécanique, un clavier ou un objet industriel deviennent ainsi les points de départ d’une œuvre inattendue.

La remise de Diogène. © Émilie Dumais

« L’ingénierie est rude parce qu’il s’agit d’un dialogue avec l’objet. On travaille avec la matière, et elle finit toujours par nous révéler quelque chose. » – Philippe Lessard Drolet

La remise de Diogène. © Jonathan Lorange

Réenchanter le quotidien par l’émerveillement

L’humour occupe lui aussi une place importante, même s’il n’est jamais recherché à tout prix. Lorsqu’un mécanisme provoque à la fois le rire et l’émerveillement, le collectif y voit souvent le signe qu’il tient une idée porteuse. Derrière cette légèreté se cache leur volonté plus profonde de réenchanter notre rapport aux objets du quotidien. En observant ces assemblages improbables, on se surprend à se demander comment ils fonctionnent, comment ils ont été imaginés et, surtout, ce que les objets qui nous entourent pourraient encore devenir.

L’exposition rassemble des œuvres créées au fil des années dans différents contextes. Réunies pour la première fois dans un même parcours, elles dialoguent entre elles et invitent le public à redécouvrir le lieu sous un angle nouveau. Cette approche reflète également le désir du collectif d’ouvrir les portes de l’art à un public élargi. Les installations parlent autant aux enfants qu’aux adultes, aux habitués des centres d’exposition qu’à ceux qui y mettent rarement les pieds.

Pendant que cette exposition poursuit sa route, le Théâtre Rude Ingénierie prépare déjà de nouveaux projets, dont une présentation en Allemagne et de nouveaux espaces immersifs où le lieu lui-même devient spectacle. Une façon de poursuivre cette même quête : transformer notre regard sur le monde, une invention bricolée à la fois. Pour découvrir leur univers dans cette exposition, c’est par ici.

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