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- Geneviève Baril et l’art de tisser un dialogue avec le vivant
Fin juillet. Par une matinée sans soleil, ma fille et moi prenons la route en direction de l’Atelier Silex. Sitôt arrivées, nous sommes accueillies par l’artiste visuelle, Geneviève Baril, dont la présence sans fard s’avère lumineuse. Après une immersion au sein du centre de soutien à la production en art actuel, où elle offre un délicat test d’oursin ainsi qu’une frêle armure de crabe à ma jeune complice absolument ravie, nous nous attablons pour retracer le fil de sa carrière. Regard sur le parcours d’une artiste établie en Mauricie, dont l’œuvre capture et magnifie la poésie de nos lieux naturels.
Si Geneviève Baril déploie désormais des installations et des reliefs sculpturaux comme autant d’espaces à découvrir ou à habiter où s’imposent l’épuration, la sensibilité et la poétique de la matière, l’évidence de son art actuel s’est forgée par l’apprentissage du temps.
Anthologie de la marche, de Geneviève Baril. © Caroline Bolieu
Éveil boréal
L’enfance de la petite Geneviève s’écoule au rythme des années soixante-dix, parmi les champs et les grands espaces, là où la nature dicte encore son temps. Issue d’un milieu modeste, mais chaleureux, elle conserve le souvenir d’années radieuses auprès de parents dont la largeur d’esprit devance leur époque. Sous le toit familial, les mains s’activent : alors que sa mère tisse, son père dessine la rigueur des plans techniques. Chez elle, on façonne le monde sans jamais revendiquer le titre d’artiste. Éloignée des écrans et des distractions modernes, Geneviève passe ses journées à explorer la forêt, pour ne revenir qu’à la brunante. C’est au cœur de ce territoire, complice et sauvage, que naît sa sensibilité profonde qui, à l’âge adulte, irrigue l’ensemble de son œuvre.
Après des études collégiales conjuguant design d’intérieur, dessin technique et administration, elle se tourne vers l’ébénisterie. Se sentant bientôt à l’étroit dans le rationalisme du métier, elle aspire à une expression libre et intuitive de son élan créateur. Geneviève choisit alors d’entamer un cursus universitaire en arts visuels.
Anthologie de la marche, de Geneviève Baril. © Caroline Bolieu
Obsessionnelle matière
C’est au cours de ses études de premier cycle que Geneviève développe une fascination pour l’accumulation d’une même matière qu’elle superpose ou juxtapose pour composer des œuvres grand format. « En accumulant, l’aspect individuel se perd dans un tout. Perdre l’individualité au profit d’un tout me plaît énormément. » Au dire de l’artiste, la régularité du geste induit un état d’apaisement pour le corps et l’esprit.
Au terme de ses études de deuxième cycle, Geneviève inaugure sa toute première exposition solo à la Galerie d’art du Parc. Dès lors, ses œuvres se multiplient à mesure que s’affine sa conscience écologique. Éprouvant encore le besoin de plier la matière à sa volonté, ses compositions font alors dialoguer des éléments issus de la nature avec des médiums transformés. Pas à pas, elle cherche à apprivoiser la matière brute, végétale ou minérale, sans jamais l’altérer, afin de pouvoir la restituer à son environnement d’origine. « Je me suis mise à faire des cueillettes, à amener la matière dans mon atelier, à observer comment elle se transforme elle-même. Je me suis mise à travailler avec la matière et non pas en domination avec elle. » Habitée par un désir grandissant d’imbriquer intimement sa vie et sa création, l’artiste prélève ses éléments à même les rives et les champs qui bordent sa demeure.
Anthologie de la marche, de Geneviève Baril. © Caroline Bolieu
« C’est un système que j’adore. Cueillir, déconstruire, reconstruire, c’est le cœur de ma production. »
L’artiste Geneviève Baril. © Jean-Luc Daigle
Art et métamorphose
Glanant des fragments de paysage, Geneviève les invite au cœur de son atelier et les désassemble pour mieux rebâtir son propre univers. « C’est un système que j’adore. Cueillir, déconstruire, reconstruire, c’est le cœur de ma production. » En prévision de sa prochaine exposition estivale à la Maison de la culture Notre-Dame-de-Grâce, Geneviève aspire à réinvestir la flore séchée d’une ancienne installation. « Au lieu de cueillir à nouveau la matière, je vais travailler à partir de ce que j’ai déjà pour voir comment cette matière-là peut encore se transformer. Je vais lui donner un second souffle. »