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11 août 2026
La Friteuse à voyager dans le temps : Une ode au Centre-du-Québec signée Alex Dorval et Renaud De Repentigny
C’est dans le petit salon adjacent au Cantouque Studio, au centre-ville de Trois-Rivières, que j’ai discuté avec les réalisateurs Alex Dorval et Renaud De Repentigny. Sous l’égide de l’Office national du film, ils présenteront leur long-métrage La Friteuse à voyager dans le temps au cours de l’année 2027. Une fresque prometteuse, qui en plus d’être une ode au territoire et à l’identité, est le reflet de l’amour d’un peuple pour un de ses plats nationaux, la poutine.
Perdus dans les patates quelque part en 1950. © Renaud De Repentigny
Grands amoureux à la fois de nourriture et de cinéma, les deux réalisateurs ont voulu créer un film sur le Centre-du-Québec, dans la perspective de faire un premier projet pour explorer le « terroir de la friture ». Au centre de ce documentaire sur la poutine, qui serait le premier du genre, les cinéastes abordent le thème de l’identité québécoise.
Drummondville versus Warwick – Route 116. © Renaud De Repentigny
Ce que la poutine dit de nous
Il est assez rare de voir des documentaires co-réalisés, mais pour le duo, c’était une excuse pour parler de leurs passions ainsi qu’un prétexte pour travailler ensemble. Férus de cinéma, mais aussi de sciences sociales et d’expériences culinaires, les deux artistes multidisciplinaires ont voulu créer un projet total, à la croisée de leurs expertises. En plus d’être caméraman et directeur photo dans sa vie professionnelle, Renaud De Repentigny est diplômé de l’école d’hôtellerie. Alex Dorval, quant à lui, a été instigateur de la Microbrasserie et restaurant Le Temps d’une Pinte, en plus d’avoir travaillé dans le développement coopératif et au sein du groupe trifluvien Favel.
Pour eux, La friteuse n’est pas qu’un exercice de style pour savoir où se trouverait la meilleure poutine au Québec ou bien qui l’a inventé. C’est un véritable film d’auteur qu’ils souhaitent offrir. Pour y arriver, Il fallait trouver un sujet local qui résonne à l’international. « On s’est dit que ça serait drôle de jouer les anthropologues du dimanche » raconte Renaud. À travers des réflexions sur le mythe de la poutine, un fil se dessine : « Qu’est-ce que la poutine dit de nous et pourquoi on se pose la question de ses origines ? ». Cette perspective sociale a permis de faire produire le film sous l’œil de L’ONF.
« La poutine c’est aussi une affaire de route, de prendre ton char et d’aller au casse-croute, c’est un prétexte pour sortir de chez vous. »
Panorama d’une vallée de fermes laitières, comté de Warwick. © Renaud De Repentigny
Des rencontres au fil des kilomètres
Pour développer le tout, le duo a voulu jouer avec les codes du cinéma et de l’anthropologie pour amener le spectateur dans le passé, mais aussi dans un huis clos, au Centre-du-Québec. En plus de l’aspect documentaire, le film s’inspire des road-movies, des films comme Tampopo de Jūzō Itami ou encore The Straight Story de David Lynch. Ce départ à l’aventure est à l’image du mets, qui est festif, comme l’explique Renaud De Repentigny : « La poutine c’est aussi une affaire de route, de prendre ton char et d’aller au casse-croute, c’est un prétexte pour sortir de chez vous ».
Moyenne poute sauce BBQ, restaurant Bravo Trois-Rivières. © Renaud De Repentigny
L’idée du film, elle, est cependant bien née ici à Trois-Rivières, sur les banquettes du restaurant Bravo. La Mauricie leur a apporté ce recul qui est nécessaire pour explorer le phénomène culturel qu’est la poutine, l’histoire de ces ingrédients, mais aussi celle des gens : « Pour comprendre l’histoire d’un mets, faut que tu fasses la généalogie des ingrédients et des gens qui l’ont cultivé, tu peux pas juste dire que c’est québécois ou que c’est canadien, c’est beaucoup plus complexe, y a un métissage qui opère de façon presque aléatoire et accidentelle » explique Alex.
Entre sérieux et humour, ils ont voulu offrir des souvenirs qui démontrent la profondeur à l’apparente simplicité des choses. Parmi les découvertes étonnantes, celle du caractère inévitable de la poutine, qui semblait attendre le bon moment pour marquer le temps : « Une dame nous a dit qu’avant même qu’on mélange le fromage avec les frites il y aurait eu des mineurs qui revenaient tard le soir et qui trempaient du fromage en grains dans de la sauce chaude qui était réchauffée » se remémore le duo.
La sortie du film est prévue pour 2027 et son avancement peut être suivi sur le site de l’ONF. Jusque-là, La friteuse garde une aura de mystère et de surprise. Une volonté des réalisateurs d’offrir une valeur ajoutée à la diffusion et d’en faire, comme la poutine, un prétexte pour sortir de chez soi.