28 juillet 2026

Barbieux, mère et fille : Portrait d’artistes d’une génération à l’autre

Par Catherine Bard

Alors que les autres enfants de Saint-Paulin passaient probablement leurs fins de semaine à jouer au ballon ou à l’élastique dans les années 90, Thaïs Barbieux accompagnait sa famille de la troupe Caravane à travers les festivals où ils allaient produire spectacles et animations un peu partout au Québec. Sa mère, Sarah Barbieux, fondatrice de la troupe et artiste multidisciplinaire, a su créer un univers onirique qui traverse le temps, en plus d’offrir un terreau fertile à la création pour sa fille. Portrait mère-fille d’une famille d’artistes au parcours marqué par l’authenticité, l’audace et l’héritage culturel.

Sarah et Thaïs Barbieux, 2005. © Laurence Biron

Grandir dans une famille d’artistes

Thais Barbieux est une artiste multidisciplinaire habitant à Saint-Élie-de-Caxton. Cette dernière baigne dans la culture depuis son plus jeune âge : vers un an, elle se retrouvait déjà en coulisse d’un théâtre alors que sa mère, Sarah Barbieux, incarnait la reine de Saba dans une adaptation de La Tentation de Saint-Antoine de Gustave Flaubert.

Sarah, quant à elle, démontrait déjà un intérêt marqué pour les arts dans son enfance en France et raconte notamment que sa grand-mère maternelle, d’origine rom, faisait partie d’un cirque. L’héritage rom de Sarah, souvent connu sous le nom de « gitan », est d’ailleurs une part importante de son identité et façonne son langage artistique. C’est en 1977 que sa carrière prend son envol, alors qu’elle fait de la figuration pour le film Molière d’Ariane Mnouchkine.

Sarah Barbieux à l’atelier du Chaudron, Paris, 1978. © Atelier du Chaudron

Immigrer et faire sa place

Suite à quelques années de théâtre expérimental à l’Atelier du Chaudron, à Paris, Sarah Barbieux immigre au Québec en 1979, à Montréal. Neuf mois plus tard, elle fonde la troupe Caravane. Puis, elle donne naissance à Thaïs quelques années plus tard.

En 1991, la troupe s’implante alors en Mauricie, dans le village de Saint-Paulin. Thaïs commence à suivre la troupe autour de ses 7 ans, ou elle aide aux animations et incarne parfois des personnages. « J’avais déjà un intérêt pour les arts au départ, mais c’est certain qu’être dans les loges avec les jongleurs, voir ça de l’intérieur, c’est impressionnant. Même si je ne voulais pas être jongleuse nécessairement, c’est sûr que c’est nourrissant », explique Thaïs.

L’arrivée de la famille en Mauricie n’a pas été des plus faciles. Tant la mère que la fille ont dû faire face à l’incompréhension et la peur par rapport à leurs origines et leur mode de vie, plutôt marginal pour l’époque. La majorité de leurs contrats restaient hors de la région, jusqu’à ce que les organismes communautaires d’ici leur tendent la main. « Notre premier contrat ici a été avec la Table de concertation du mouvement des femmes de la Mauricie. Par la suite, d’autres organismes communautaires nous ont aussi engagés. C’est vraiment comme ça qu’on a pu commencer à avoir des contrats localement », relate Sarah. Heureusement, les mentalités ont évolué depuis, ainsi que la courbe de réceptivité du public mauricien pour cette troupe hors du commun.

Akassia et Malika, personnages de Sarah et Thaïs Barbieux, 2009. © Richard Lacroix

« Quand j’étais jeune, je ne me rendais pas compte que c’était spécial d’avoir accès à quinze instruments de musique différents et une tonne de costumes dans la maison. C’était notre quotidien. » – Thaïs Barbieux

thais auteurecredit felix emmanuel lafond

Thaïs Barbieux, autrice. © Felix-Emmanuel Lafond

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Sarah Barbieux, Odanak, 2008. © Gilles Joubert

Les multiples visages de la transmission

La transmission de la mère à la fille dépasse largement le côté technique des médiums artistiques. Elle inclut aussi l’audace de faire les choses à sa manière et de tracer son propre chemin, ce qui passe souvent par l’apprentissage autodidacte et l’interdisciplinarité. En effet, parallèlement à ses fonctions au sein de Caravane, qu’elle a jointe à temps plein dès l’âge de 15 ans, Thaïs Barbieux fonde les Éditions de l’Exil en 2013. Elle va y publier de nombreux auteurs et autrices, en plus de ses propres livres. Thaïs développera aussi une pratique en peinture. Ces deux médiums vont prendre plus de place pour cette artiste dans les dernières années, alors que Thaïs cesse graduellement ses activités avec la troupe. Elle a notamment publié en mai dernier un recueil de contes roms intitulé La Forge.

Bien que les deux femmes aient des pratiques plutôt en parallèle depuis les dernières années, une chose les reliera toujours : leur façon d’incarner leur art dans une authenticité sans compromis.

Vous pouvez suivre les actualités littéraires de Thaïs Barbieux sur les réseaux sociaux. Et Sarah, de son côté, continue d’évoluer au sein de Caravane et d’offrir des performances qui permettent de passer du personnel à l’universel, et de l’universel au personnel. Plusieurs spectacles sont à l’horaire pour la suite de 2026, dont une prestation à la journée culturelle de l’Herboristerie RENESSENCE le 16 août à Saint-Alexis-des-Monts.

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